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Cette vision de la santé conjugue médecine conventionnelle et médecine ancienne et vise à traiter le patient dans sa globalité en le considérant dans son environnement, son corps, son esprit etc. Un certain nombre d'outils sont utilisés par les thérapeutes en « santé intégrative ». Nathalie Geetha Babouraj, docteur en médecine et coach de santé intégrative nous les révèle dans cette interview et revient sur l'origine de cette pratique. iStock_000043060168_Small-Réspiration-web

La « médecine intégrative », l'alliance de la tradition et des nouvelles technologies

La Rédaction de Femmes-médecins : Quel est votre parcours, comment avez-vous découvert la médecine intégrative ?

 

Nathalie-Geetha-Babouraj-webNathalie Geetha Babouraj : Après un parcours de médecine générale classique et quelques remplacements en cabinet de ville, j'ai pris un poste de médecin de prévention chez les pompiers de Paris pendant 5 ans. Grâce à mon parcours atypique (formation en yogathérapie, en Ayurveda*, et en techniques militaires de gestion du stress), j'ai eu la chance de participer à un groupe de travail à l'OTAN sur la place de la médecine intégrative dans les systèmes de santé actuels. J'ai ensuite réalisé plusieurs voyages aux États-Unis pour approfondir cette approche de santé innovante. De retour en France, l'envie de partager toutes ces découvertes m'ayant inspirée, j'ai créé l'Institut de Santé Intégrative, l'iSi.

 

 

R.F.M : En quoi consiste donc cette médecine ?

 

N.G. : Le terme "intégratif" se lit de plusieurs manières.

C'est d'abord l'alliance du meilleur aspect des progrès technologiques et le meilleur des sagesses plus anciennes, comme la médecine traditionnelle chinoise, ou la médecine ayurvédique, qui peuvent apporter des complémentarités en terme de prévention.

Mais c'est aussi l'intégration de la personne dans sa globalité : son corps physique, son environnement, ses émotions, sa psyché et sa spiritualité, dans la prise en charge de la santé. Enfin, et c'est là un point qui me parle en tant que soignante, c'est la prise en compte de la santé du soignant, car il a un rôle clé dans le chemin de santé de ses patients. En s'investissant dans l'exploration de ses ressources, ses forces et ses limites, le soignant peut être un meilleur "éducateur" de santé pour les personnes qu'il accompagne.

 

 

R.F.M : Comment votre intérêt pour cette médecine est-il né ?

 

N.G. : J'ai grandi en Inde. En pleine immersion dans la culture du yoga et de l'Ayurveda, je voyais pourtant d'un oeil septique ces pratiques quotidiennes de mes grands-parents. Je rêvais d'une seule chose, revenir en France à 18 ans et faire des études de médecine "scientifique". Puis, très vite, pendant mes premières années de fac, je me retrouve dans la posture de patiente. Le spécialiste qui me suivait, après avoir réalisé tous les examens nécessaires, se trouvait dans l'incapacité de me conseiller, son seul diagnostique étant que j'étais sujet au stress. Face à ce déficit, je décide de replonger dans mes traditions et d'y trouver des réponses. J'y découvre la respiration, le yoga et les richesses de l'Ayurveda, via des formations en Inde et aux États-Unis. La complémentarité de toutes ces approches m'a semblé être une évidence. Ce sont mes multiples voyages aux États-Unis qui m'ont permis de rencontrer des médecins, des thérapeutes, des chercheurs et des patients dans des centres de médecine intégrative -aujourd'hui une spécialité médicale reconnue par le conseil de l'ordre des médecins américains.

 

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R.F.M : Quels sont les bienfaits obtenus par cette pratique ?

 

N.G. : Le patient est entouré d'une équipe pluri-disciplinaire médicale, paramédicale et "extra-médicale" (prof de yoga, naturopathe, ou tout autre professionnel de la santé et du bien-être). Car même si de nombreuses personnes ont recours à des approches alternatives et complémentaires, très peu le disent à leurs soignants "conventionnels".

Dans le cadre de la médecine intégrative, ces approches se complètent et sont intégrées dans un cadre clair, cohérent et bienveillant, permettant d'augmenter la qualité de vie de la personne.

Le soignant y trouve aussi des bénéfices. Le fait de travailler en intelligence collective, et surtout de s'intéresser à son propre chemin de santé. Est-ce que je suis assez à l'écoute de mon corps? Quelles pratiques puis-je mettre en place pour me faire du bien, et être plus disponible pour l'autre? Comment je mange? Comment je bouge? Pourquoi je me lève le matin pour aller travailler? Qu'est-ce qui me nourrit en profondeur?

Toutes ces questions et les explorations des réponses permettent au soignant de revenir à l' « ici et maintenant » tous les jours. Une piste préventive contre le burn-out.

 

 

R.F.M : Concrètement, quels sont vos outils pour soigner ?

 

N.G. : Beaucoup de femmes médecins intégratifs se définissent comme "des artistes du soin". J'aime bien cette image. Chaque Soignante-Artiste explore son parcours de santé, découvre des approches pour lesquelles elle a une affinité particulière, expérimente, se forme, elle affine, peaufine, et propose à ses patients différents "pinceaux" en fonction de leurs besoins et de leur situation clinique.

iStock_000039988026_Small-Ayurveda-webDans ma « boîte à outils », ou « boîte à pinceaux », il y a bien sûr le yoga, la méditation et l'Ayurveda, des techniques respiration, de relaxation, la nutrition, le massage etc. Je m'adapte à la demande et aux besoins de la personne.

Après 9 années d'études que je trouvais très théoriques, je cherchais avant tout le simple, le concret, et le ludique. Parce que accompagner les changements de santé, ça se fait dans la joie, l'envie, et  la curiosité.
En latin "docere" : transmettre, éduquer. Oui ! C'est comme cela que je souhaite exercer mon métier : dans la transmission.

 

 

R.F.M : Que conseillez-vous aux femmes qui se sentent submergées, débordées, stressées par la pression exercée par leur métier ?

 

N.G. : Les signes avant-coureurs sont très insidieux. Il peut même y avoir une euphorie paradoxale avant le burn-out : cette ivresse du travail. Pour d'autres personnes, ce seront plutôt des signes de retrait, moins de vie sociale, familiale, une anesthésie dans les activités de la vie de tous les jours. Et même les jours de vacances ne suffisent plus pour récupérer. Donc il est important d'être attentive à tous ces signes avant-coureurs, et apprendre à dire stop. À lever le pied, poser des vacances, consulter son médecin. À revenir dans le corps à travers une activité psychocorporelle. À revisiter son alimentation, s'entourer de relations qui nourrissent.

Se retrouver dans une situation de burn-out, ce n'est pas anodin. C'est que le corps a quelque chose à nous dire. Et comme dans toute crise, au sens étymologique, c'est un moment propice pour faire un choix, et décider. C'est une invitation de la vie à voir différemment. C'est dans cette phase de transition que des outils d'ancrage comme l'Ayurveda ou le yoga peuvent accompagner dans la reconstruction.

 

 

R.F.M : Que proposez-vous à celles/ceux qui souhaitent faire une "pause régénérante" au cours de leur journée de travail ?

 

N.G. : Profitez de chaque pause, même si ce n'est que 5 minutes, pour revenir à sa respiration, faire 2 ou 3 respirations profondes, et observez comment le corps répond.

Toutes les recherches autour des pratiques de pleine conscience sont unanimes : le fait de porter son attention, le plus souvent possible, aux sensations dans le corps, aux 5 sens, permet au cerveau de faire un "reset", de sortir de la boucle des pensées automatiques, où la réponse au stress est stimulée en permanence.

Ce qui me ressource aussi dans une journée chargée, c'est la sieste éclair après déjeuner.

Cet exercice nécessite un petit entrainement, mais en 10 minutes, je retrouve une présence et une vigilance qui me permettent d'accueillir mes tâches de l'après-midi avec une nouvelle énergie.

     

* Médecine traditionnelle indienne

 

 

LOGO2trans-webPour aller plus loin :

Institut de la santé intégrative :

www.institutdesanteintegrative.com

 

 

Sources : Interview de Nathalie Geetha BABOURAJ