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Procréation médicalement assistée (PMA), interruption volontaire de grossesse (IVG), contraception, pilule, etc., font largement partie du vocabulaire féminin fourni par la Science. Comment accompagner au mieux les femmes dans leur désir d'enfants ? Quels conseils leur donner pour vivre une féminité épanouie ? Les Docteurs Martine Depondt-Gadet et Bettina Hommais-Loufrani apportent la richesse de leur vécu, de leurs pratiques, le recul d'expériences personnelles très différentes pour un regard croisé atypique. Débat_Histoires_1

Histoires de femmes

Procréation médicalement assistée (PMA), interruption volontaire de grossesse (IVG), contraception, pilule, etc., font largement partie du vocabulaire féminin fourni par la Science. Comment accompagner au mieux les femmes dans leur désir d'enfants ? Quels conseils leur donner pour vivre une féminité épanouie ? Les Docteurs Martine Depondt-Gadet et Bettina Hommais-Loufrani apportent la richesse de leur vécu, de leurs pratiques, le recul d'expériences personnelles très différentes pour un regard croisé atypique.

Débat_Histoires_MDG3 questions à Martine Depondt-Gadet,
Médecin généraliste, acupuncteur et
professeur de Qi Gong

Auteur de « Stérilité et Infertilité : comment libérer les verrous émotionnels qui cachent une souffrance enfouie dans le corps » (Dangles) et « Qi gong au féminin- Au rythme des saisons » (Chariot d'Or).


La Rédaction de Femmes-médecins
Parlez-nous de votre parcours et de ce qui a changé dans votre métier. Vos rencontres et choix d'orientation ont-ils modifié profondément votre vision de la santé et de la maladie ?
Martine Depondt-Gadet
J'ai toujours été passionnée par nos histoires de femmes, et plus précisément par la recherche de ma propre histoire via mes ancêtres. Sinophile et spécialiste en Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC), médecin acupuncteur depuis 25 ans, également formée à la Programmation neuro-linguistique (PNL), à l'hypnose et à l'EFT (Emotional Freedom Technique), j'ai aussi été initiée au Qi Gong de la Femme durant un long séjour en Chine (à Su Zhou). Je fus l'une des premières à pratiquer ce Qi Gong de la Femme en France dans mon cabinet, dès 1990. Or, peu de temps avant, encore étudiante interne à l'hôpital d'Issoire où j'assistais les sages-femmes lors d'accouchements, j'étais confrontée à l'absence de péridurale et à des césariennes problématiques. Il me fallait donc r.conforter ces femmes, souvent plongées dans l'angoisse de la douleur et de la mort ! Cette anesthésie péridurale a changé le mode de croyance : « tu accoucheras dans la douleur ». Quel bonheur ! Un autre grand progrès a été la légalisation de l'IVG qui a permis d'éviter toutes les maltraitances subies par les femmes (IVG « sauvages »). En fait, ma vie a été jalonnée de merveilleuses rencontres avec toutes sortes de professionnels de santé (psychologues, maître de Qi Gong, etc.) qui ont renforcé et élargi mes connaissances.
R.F.M.
À la lumière de votre parcours personnel, de vos expériences et pratiques médicales, comment percevez-vous la fertilité et l'infertilité ? Et quels conseils donnez-vous aux femmes pour accomplir leur féminité quel que soit leur âge ?
Martine Depondt-Gadet
Je me réfère souvent à cette médecine Taoïste, si riche de bon sens et de simplicité. La femme y est perçue « lunaire ». D'ailleurs, nos règles ne sont-elles pas appelées en chinois, « nos lunes » ? Cependant, nos règles, hormis tout diagnostic organique, réagissent à un choc émotionnel, provoquant aménorrhée ou métrorragie. En MTC, la preuve en est donnée par l'existence d'un méridien, bao luo, reliant l'enveloppe du coeur et son esprit, le shen, à notre matrice appelée « enveloppe de l'enfant ». Avant d'aiguiller la patiente vers le gynécologue, je fais préciser cette notion de choc pour les aider à guérir. Soyons aussi conscientes de nos pouvoirs de guérison sur nos enfants. Je développe ce concept au cours d'ateliers avec des sages-femmes sur le thème : « Bébé Azur » pour que la maman puisse renforcer ses liens avec son enfant. La technique utilise le Qi Gong, la visualisation, la respiration... Ainsi, la future maman prend confiance et renforce ses talents de guérison sur l'enfant. Il s'agit de prendre conscience que nous avons tous en nous des forces de guérison et que ce processus passe par la femme.
R.F.M.
Quel est l'impact du stress et des émotions sur les questions de fertilité, procréation, etc. ?
Martine Depondt-Gadet
Le travail libérateur le plus utile pour combattre les émotions nocives est l'EFT. Il est souhaitable ensuite de continuer à suivre la future maman pour renforcer le lien mère-enfant, parfois difficile à créer et oscillant entre distance et surprotection. Ce qui m'amène à avoir un autre regard sur la PMA. Il me semble très important de proposer un travail d'introspection préalable (même bref) avant d'entreprendre ce parcours difficile de la PMA. Un temps d'écoute de soi, indispensable aux futures mamans pour se « clarifier », balayer les souffrances et croyances négatives incorporées et donner naissance à des enfants un peu moins névrosés que nous ! Tout ceci a abouti à la genèse de la formation « Bébé Azur » que j'ai développée en collaboration avec le centre de recherche scientifique de Qi Gong de Shanghai. Cette formation fait notamment appel à des techniques énergétiques et psycho-thérapeutiques débloquant les barrages psychologiques altérant la qualité du lien mère-enfant. En ces temps modernes, où les prouesses de la Science permettent des merveilles, il est étonnant de voir que la nature est toujours capable de nous faire des pieds de nez quand il s'agit, par exemple, de concevoir un enfant. Le psychisme a un pouvoir énorme sur la nature, bloquant parfois une grossesse pourtant désirée, ou libérant miraculeusement des verrous qui empêchaient toute conception ! D'autre part, dans ce confort que nous a amené la science, il reste malgré tout chez certaines femmes cette angoisse des douleurs, voire carrément de mort. Même aujourd'hui, celles-ci ont des difficultés à lâcher ces programmes déterminés dans les croyances familiales. La médecine chinoise que je pratique est justement holistique car elle soigne à la fois le corps, l'esprit et les émotions. En cela, elle est toujours très contemporaine.

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Débat_Histoires_BHL3 questions à Bettina Hommais-Loufrani,
Médecin gynécologue dans un cabinet parisien


R.F.M.
Quel est votre parcours et pourquoi avoir choisi une spécialisation en gynécologie ? Qu'est ce qui a changé dans ce domaine depuis vos débuts de médecin ?
Bettina Hommais-Loufrani
Issue d'une lignée de femmes actives, j'ai été élevée dans une certaine forme de féminisme... et j'ai grandi au milieu de médecins, des hommes (!). J'ai connu la généralisation de la pilule, avec les premières combinaisons aux dosages presque dix fois plus élevés que les plus légères actuelles, quasi impossibles à avaler tant elles généraient d'effets secondaires. Puis l'apparition, dans les années 70, des normo et mini-dosées, enfin acceptables malgré les éventuelles prises de poids. Mais cette contraception qui libérait les femmes n'était pas offerte à toutes. Elle générait des réticences de la part des médecins, hommes majoritairement, qui croyaient perdre leur autorité dans ce domaine. La pilule prescrite à la femme lui laissait la liberté de la prendre... ou non. Malheureusement ces réticences ont laissé des traces très négatives. Il y a maintenant un gros travail d'explication et d'apaisement à faire.
R.F.M.
Vous avez souligné l'influence paradoxale et les conséquences d'une vision « masculine » de la femme et de ses besoins, mais aussi du poids des préjugés et du passé. Comment vivez-vous votre position de médecin, de scientifique et de femme ?
Bettina Hommais-Loufrani
Parallèlement, la libéralisation absolument indispensable de l'IVG occulte le fait qu'elle reste un échec de la contraception et une épreuve tant morale que physique. Autre réticence : celle qui accompagne la péridurale. Au départ, les anesthésistes et les sages-femmes y étaient hostiles. Les premiers parce que la technique demandait à être maîtrisée, les secondes parce qu'elles se sentaient dépossédées de l'accouchement qui requérait, nécessairement, la présence d'un médecin... En désaccord avec un anesthésiste, homme, sur l'apport de la péridurale, je me souviens d'avoir demandé, à l'époque, son avis à un rabbin, dont la femme était en train d'accoucher. Sa réponse avait été lumineuse : « Si Dieu a permis qu'on invente la péridurale... c'est pour qu'on l'utilise ». Là encore, du travail pour justifier qu'on ait le droit de ne pas souffrir. À nous de dissiper ces réticences qui remplacent l'enthousiasme, légitime, qui présidait à l'émancipation féminine. J'ai grandi dans un milieu méditerranéen, médical et machiste où s'affirmer en tant que femme était un exercice de survie. De là, sans doute, mon écoute particulière. Je suis persuadée, comme beaucoup, que ce sont les femmes qui font évoluer les sociétés et mon métier consiste essentiellement à m'assurer qu'elles vont bien.
R.F.M.
Quel est l'impact du stress et des émotions sur les questions liées à la fertilité, la procréation, etc. ?
Bettina Hommais-Loufrani
Le stress impacte la vie des femmes dans leur intimité, que ce soit dans le fonctionnement de leurs hormones ou dans leur libido. Elles doivent être performantes dans tous les domaines tant professionnels que privés. La première question que je pose à une femme, qui vient me voir pour des troubles du cycle d'apparition récente, est « un stress est-il survenu concomitamment ? ». Or, il s'agit parfois de la simple décision d'essayer de faire un enfant. Encore aujourd'hui, il paraît inconcevable pour la majorité des gens qu'une femme ne soit pas, ou ne désire pas, être mère ! Alors que c'est une décision parfois terriblement anxiogène. Certaines me demandent même si elles sont « normales » dans leur refus de grossesse. La recherche de la performance, le regard des autres, tout est générateur de stress, et le corps n'a pas forcément de réponse adéquate. Des règles irrégulières à leur disparition totale, tout peut se rencontrer. Savoir mettre en lumière l'origine du trouble permet souvent, mais hélas pas toujours, un « lâcher-prise » bénéfique. Alors bien sûr, quand on en arrive à la PMA, l'accompagnement est incontournable. Il s'agit d'une épreuve réelle, tant sur le plan physique qu'émotionnel. La science permet ce qui était impossible auparavant. Ne pas y avoir recours génère la suspicion au sein de l'entourage. Ne pas y réussir est source d'une pitié parfois condescendante. Expliquer à un couple que la médecine moderne ne maîtrise pas encore parfaitement tous les aspects de la fertilité reste un exercice délicat. Et leur faire prendre conscience que la cause et la guérison relèvent d'un autre domaine que l'organicité demande un accompagnement qui n'est pas toujours proposé.

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Propos recueillis par Virginie LEROY et Odile ALLEGUEDE / Photos : iStock