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Après une carrière d'urgentiste dans plusieurs hôpitaux de la région PACA, Delphine Bagarry a choisi d'exercer la médecine générale « de campagne » à la naissance de son cinquième enfant. Installée à Riez-la-Romaine (Alpes de Haute-Provence) depuis 12 ans , elle est tombée dans le bain politique aux élections municipales de 2008. Conseillère municipale et départementale, elle s'est présentée comme députée sous la double casquette PS et La République En Marche. 20170926_Delphine-Bagarry_1
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Delphine Bagarry, Médecin généraliste et politicienne

Après une carrière d'urgentiste dans plusieurs hôpitaux de la région PACA, Delphine Bagarry a choisi d'exercer la médecine générale « de campagne » à la naissance de son cinquième enfant. Installée à Riez-la-Romaine (Alpes de Haute-Provence) depuis 12 ans , elle est tombée dans le bain politique aux élections municipales de 2008. Conseillère municipale et départementale, elle s'est présentée comme députée sous la double casquette PS et La République En Marche.

20170704_Delphine-Bagarry_2Dr Delphine Bagarry, femme médecin et politicienne.


La Rédaction de Femmes-médecins
Vous êtes médecin en milieu rural et femme politique : comment conciliez-vous ces deux casquettes ?
Delphine Bagarry
Avec de l'organisation, de la volonté et de la passion ! J'aime mon métier, il me passionne. C'était mon objectif de carrière : le médecin de campagne, c'est l'interlocuteur privilégié des familles. La relation va au-delà du geste, du soin. C'est une suite nourrie d'échanges et de confidences. J'apprécie la confiance que mes patients me manifestent. Mon engagement politique est dans la même veine : j'aime aller à la rencontre des autres et échanger avec eux. Bien sûr, avant de m'engager, j'en ai discuté en famille car c'est très chronophage, or la médecine me prend déjà beaucoup de temps, sans compter les gardes (une nuit par semaine, un weekend toutes les six semaines) et mon activité de maître de stage. De plus, j'ai cinq enfants !
R.F.M.
Pourquoi et comment êtes-vous entrée en politique ?
Delphine Bagarry
J'ai adhéré au Parti socialiste en 2002. L'arrivée de M. Le Pen au second tour de la présidentielle a agi comme un déclic et j'ai voulu m'engager pour que ce genre de situation ne se reproduise pas. Mais j'étais une simple militante. Je pense avoir bénéficié de la parité obligatoire car je ne suis pas sûre qu'on serait venu me chercher pour un mandat, sinon... et je ne l'aurais sans doute pas demandé de moi-même. En 2008, l'ancien maire de Riez m'a proposé de rejoindre sa liste pour les municipales : j'ai accepté. Nous nous connaissions bien et avons travaillé dans un climat de confiance et de respect mutuel. Je me suis particulièrement investie en tant que déléguée au parc régional naturel du Verdon. En 2015, le président du conseil départemental m'a sollicitée à son tour pour être élue sur sa liste. J'étais surprise mais heureuse de sa demande et, là encore, j'ai accepté. Et l'année dernière, des collègues progressistes du Parti socialiste m'ont proposé de me présenter aux législatives : « Tu es une femme, active dans la vie civile, moderne, un peu atypique... » J'étais émue qu'on m'accorde cette confiance et j'ai accepté. J'avais alors une double appartenance, à la fois au PS et au mouvement En Marche. En février 2017, quand ce mouvement a annoncé qu'il présenterait 577 députés, j'ai souhaité inscrire ma démarche dans cette volonté progressiste et réformiste. Aussi, sans lâcher le PS, j'ai également postulé sur leur site pour être investie, et ma candidature a été acceptée !

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R.F.M.
Élue députée, comptez-vous conserver votre cabinet ?
Delphine Bagarry
Je n'ai aucune idée de ce que peut représenter la charge de travail d'un parlementaire. Pour le moment, j'ai pris une remplaçante le temps de la campagne, jusqu'à fin juin. Ensuite, on verra ! Mais idéalement, je souhaite pouvoir conserver une activité, même réduite, par exemple le vendredi et le samedi puisque le reste du temps, je serai à Paris. En revanche, si je suis députée, je démissionnerai de mon mandat de conseillère départementale. D'abord parce que je suis contre le cumul des mandats, ensuite parce que je n'aurai pas le temps de tout faire, et je préfère garder la médecine ! Je souhaite conserver mon ancrage dans la vie réelle. Devenir apparatchik n'est pas mon objectif.
R.F.M.
Que vous apporte votre expérience de médecin dans votre vie d'élue ?
Delphine Bagarry
Je pense que ma façon de faire de la politique découle de mon métier. D'abord, j'écoute beaucoup. Pour connaître un patient, une personne, un groupe de personnes, il faut savoir ce qu'ils ont à vous dire et les aborder sans préjugé. Ensuite, je discute : il est important de faire adhérer l'autre à son point de vue, de donner des arguments.
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© iStock
R.F.M.
Malgré sa féminisation, la politique est-elle encore « un métier d'homme » ?
Delphine Bagarry
Oh oui, clairement ! Je le ressens à deux niveaux. D'abord, les femmes politiques, dont moi, avons tendance à nous autocensurer. Nous avons été élevées dans l'idée qu'une femme doit d'abord être une épouse et une mère, alors une femme qui sort de ce cocon domestique pour faire de la politique, c'est mal ! (Rires) Ensuite, quand on arrive à un certain niveau, les élus et responsables sont essentiellement de sexe masculin. Et c'est difficile de casser les codes sociaux ! Même entre femmes, j'entends parfois des remarques comme « tiens, elle reprend déjà son travail alors que son bébé n'a que deux mois » : les clichés ont la vie dure. On n'a jamais demandé à mon mari comment il se débrouillait seul avec nos cinq enfants ! C'est à nous de faire évoluer les mentalités. La parité, c'est bien : cette forme de discrimination positive a permis de faire avancer les choses mais il nous reste du chemin à faire. C'est dans cet esprit d'égalité homme-femme que j'élève mes enfants.
R.F.M.
Et la médecine ?
Delphine Bagarry
La médecine aussi reste un métier d'homme. Quand on voit nos représentants nationaux, c'est hallucinant, surtout maintenant, alors que des femmes assurent la majorité des consultations ! On nous colle encore des clichés comme « les femmes médecins veulent plus de temps pour elles » alors que nous avons, nous aussi, des emplois du temps à rallonge. Nous faisons même des gardes, comme nos confrères, que nous ayons des enfants ou non ! La nouvelle génération a peut-être un comportement moins sexué mais il est essentiel de faire évoluer les regards portés sur ces métiers considérés comme « d'homme » : médecins, politiciens, pompiers... Ce n'est pas parce que nous sommes des femmes que notre voix ne peut pas porter fort et loin. Ne nous sous-estimons plus !
R.F.M.
Merci Delphine !

Propos recueillis par Alexandra CAPUANO / Photos : Delphine Bagarry - iStock