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Florence Tovagliaro partage sa vie entre son métier de médecin légiste et son art : elle est peintre. Au travers de ces deux activités, Florence approfondit un sujet qui l'intéresse depuis fort longtemps : l'être humain. Rencontre sensible avec une femme créatrice d'émotions qui invite à dépasser les premières impressions. 20170704_Florence-Tovagliaro_1
Florence Tovagliaro

Florence Tovagliaro, médecin légiste et artiste peintre

Florence Tovagliaro partage sa vie entre son métier de médecin légiste et son art : elle est peintre. Au travers de ces deux activités, Florence approfondit un sujet qui l'intéresse depuis fort longtemps : l'être humain. Rencontre sensible avec une femme créatrice d'émotions qui invite à dépasser les premières impressions.

 

La Rédaction de Femmes-médecins
Quel est votre parcours, comment êtes vous devenue médecin légiste ?
Florence Tovagliaro
Au terme de mes études de médecine, j'ai commencé par exercer la médecine d'urgence pendant une quinzaine d'années. Au début des années 2000, parallèlement à cet exercice, j'ai repris de nouvelles études car le droit m'intéressait. J'ai découvert la médecine légale et j'ai été conquise par la spécialité, par cette double approche à la fois médicale et juridique. La médecine légale répond à ma curiosité scientifique ; grâce à elle, j'ai pu trouver des réponses supplémentaires à mon questionnement, le mettre en parallèle avec les pathologies et les tableaux cliniques que je rencontrais au quotidien. C'était comme un puzzle dont les pièces s'assemblaient. Je remonte ainsi à l'essence de ce qui se passe dans le corps. Être médecin légiste, c'est prendre en charge les morts mais aussi les vivants. Le champ d'exercice est vaste. Quand on dit médecin légiste, le public pense aussitôt aux autopsies où l'on doit essayer de reconstituer les derniers instants de la personne, comprendre le pourquoi et le comment qui ont conduit à sa mort. Mais je m'occupe aussi des vivants. La médecine légale est la médecine des violences en général ; je pratique des examens de personnes ayant subi des blessures volontaires dans le cas d'agression, de maltraitance ou de violence sexuelle, des blessures involontaires comme par exemple lors des accidents de la voie publique. Je réponds également à des missions d'expertises, pour différentes juridictions, civile en réparation du dommage corporel, pénale, missionnée par des Juges d'Instruction par exemple, afin d'essayer d'apporter un éclairage sur des questions d'ordre médical. C'est un métier passionnant car il balaie l'ensemble des domaines de la médecine, obligeant à garder une curiosité scientifique sans cesse en éveil.
R.F.M.
Pourquoi et quand vous êtes-vous tournée vers la peinture ?
Florence Tovagliaro
Je peins de façon assidue depuis 7 ans. Je vais une fois par semaine dans l'atelier d'un peintre, Emmanuel. La peinture correspond à un besoin d'expression. J'ai toujours baigné dans le domaine artistique ; mon père est d'origine italienne et il se passionnait pour la littérature, l'architecture, l'opéra, la peinture de la Renaissance. Il m'a initiée très tôt. Quand j'avais 13 ans, il m'a emmenée à Rome et cela a été un électrochoc ! En fait, l'art m'a toujours intéressée. Mais pendant mes études de médecine puis lorsque j'étais urgentiste, je l'ai mis un peu de côté. Lorsque je suis devenue médecin légiste, je m'y suis plongée de nouveau. Écrire ? J'écris beaucoup au quotidien, dans la rédaction des différents rapports médico-judicaires. C'est la peinture qui s'est imposée. J'ai toujours dessiné. J'ai toujours aimé regarder ces corps que je trouvais beaux, représentés dans la peinture de la renaissance. En me mettant à peindre, je suis passée de spectatrice à actrice et j'ai pu répondre à mon besoin d'expression, mon besoin de communiquer.

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R.F.M.
Que peignez-vous ?
Florence Tovagliaro
Je représente l'humain, Je peins les corps. J'essaie de créer une interaction avec ceux qui regardent ma peinture. Je cherche à traduire des émotions, une histoire, au travers d'une posture, d'un regard, à communiquer une force d'expression. Lorsque je peins, mon point de départ est constitué par le fond que je couche sur la toile. C'est lui qui me guide et le projet de départ ne correspondra pas forcément à l'oeuvre finale. Il est très important ; le fond fait partie intégrante du tableau et interagit avec le motif. Il comporte plusieurs couches d'encres ou d'acryliques, de brou de noix, jusqu'à ce que je le juge abouti. Il est constitué de coulures verticales, lui conférant une impression de stabilité, quelques fois de mélancolie paisible. Je construis ensuite le motif à l'huile, à partir de ce fond, où, en plaçant les ombres et les lumières, naissent les volumes et les formes : il faut que fond et motif se répondent. Les glacis successifs viennent ensuite donner de la profondeur. Habituellement, je ne montre pas tout du corps, volontairement. Je cherche à faire naître des émotions, un questionnement, j'aime que le spectateur puisse s'imaginer une histoire à partir de ce qu'il voit.Je laisse souvent planer une ambiguïté, je donne des pistes. J'ai une conception empathique de la peinture ; il me plait de conduire le spectateur à s'interroger, à regarder mon tableau avec sa propre histoire et sa personnalité.
R.F.M.
Existe-t-il un lien entre votre métier et votre art ?
Florence Tovagliaro
Il y a une déconnection totale entre les examens médicaux que je pratique et ma peinture. La peinture n'est pas non plus un exutoire par rapport à mon métier. Ce sont deux aspects différents de moi. Les corps que je peins ne sont en général pas physiquement blessés ; je les trouve beaux, j'essaie de leur donner une force esthétique. Que ce soit dans mon travail ou dans ma peinture c'est « l'humain » qui prime quel qu'en soit l'aspect. L'humain dans sa globalité : voilà le sujet qui me touche et m'intéresse. C'est un peu comme si j'avais deux vies - une vie de peintre et une vie de médecin légiste - correspondant à deux pans de ma personnalité qui se complètent. La médecine a été un choix parce que j'avais besoin de me tourner vers l'être humain et j'avais besoin de satisfaire ma curiosité scientifique. Les corps me racontent. Avec la peinture, je montre ce que j'ai au fond de moi, c'est moi qui raconte. Et finalement c'est l'humain qui fait le lien entre ces deux parties de moi.

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R.F.M.
Avez-vous été marquée par certaines œuvres ? Quels sont vos projets artistiques ?
Florence Tovagliaro
La statue de « David de Michel Ange » m'a marquée. Il est magnifiquement beau. Beau et serein. Et pourtant il porte en lui de la violence. La violence est cachée. Si on ne sait pas qui est David, on peut ne pas la voir. Ce double aspect du beau et de la violence m'intéresse. J'ai un nouveau projet artistique ; je vais faire poser des femmes dont les corps ne correspondent pas aux photos standardisées et retouchées des femmes représentées la plupart du temps dans les magazines. Je voudrais donner à voir par la représentation picturale de quelle façon chacune se sent femme. Je voudrais montrer la beauté qu'elles portent en elles. En peinture comme dans mon métier, j'aime aller au-delà de ce que l'on voit au premier abord, essayer de percevoir plus loin, essayer de déceler ce qui n'est pas forcément montré.
R.F.M.
Est-ce que vous exposez ?
Florence Tovagliaro
Pendant très longtemps, je n'ai pas exposé ; je ne me sentais pas prête parce que ma peinture touche à l'intime. Je montrais juste mes oeuvres à mes proches. Et puis j'ai fait ma première exposition l'an dernier, c'était extraordinaire. J'ai rencontré des gens très sympathiques et bienveillants qui me posaient des questions sur mes oeuvres. Ainsi un de mes tableaux a suscité beaucoup d'interrogations : le sujet est-il vivant, mort ? Pourquoi tout ce bleu ? ... En fait il y avait deux catégories de visiteurs à cette exposition. D'une part des personnes que j'avais invitées, qui me connaissaient mais qui ne connaissaient pas ma peinture. Ils ont été très surpris. Et le grand public, qui ne me connaissait pas et qui n'avait pas d'apriori sur mes oeuvres. Beaucoup m'ont posé des questions sur les tableaux proprement dit, sur les expressions des visages par exemple ou bien ils m'exprimaient leur ressenti. Je recommencerai à exposer. En 2018, ce seront des grands formats. En fait je poursuis ma quête sur les secrets de l'humain et sur la vie.

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R.F.M.
Merci Florence de nous avoir fait partager votre passion !

 

Propos recueillis par Nathalie Strauch / Photos : Florence Tovagliaro

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« En peinture comme dans mon métier, j'aime aller au-delà de ce que l'on voit au premier abord. » Florence Tovagliaro

 

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