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Elle nous a quitté le 30 juin dernier, à 89 ans. La nation lui aura rendu un hommage solennel pour saluer son destin exceptionnel et son engagement constant aux côtés des femmes. Ministre, présidente du Parlement européen, académicienne, Simone Veil fut toute sa vie engagée. Elle a notamment porté la loi de dépénalisation de l'IVG en 1974. 20170926_FM_Simone-Veil_Figaro_1
Le Figaro

Simone Veil : une femme engagée en faveur des femmes

Elle nous a quitté le 30 juin dernier, à 89 ans. La nation lui aura rendu un hommage solennel pour saluer son destin exceptionnel et son engagement constant aux côtés des femmes. Ministre, présidente du Parlement européen, académicienne, Simone Veil fut toute sa vie engagée. Elle a notamment porté la loi de dépénalisation de l'IVG en 1974.

Adolescente, Simone Veil est déportée à Auschwitz, elle survit à l'enfer ; revenue en France, elle opte pour la magistrature et commence sa carrière dans l'administration pénitentiaire, où elle tente d'humaniser les conditions carcérales. Lors du conflit algérien, elle fait transférer dans les prisons métropolitaines des femmes algériennes incarcérées et maltraitées. La cause des femmes déjà...
 
1974 : vote de la loi de dépénalisation de l'avortement. Simone Veil prend une envergure nationale en 1974. Le président Valéry Giscard d'Estaing la
nomme ministre de la Santé. Elle est la 1ère femme à un tel poste ; elle doit défendre la loi de légalisation de l'avortement. La réforme est réclamée par les femmes et les mouvements féministes qui manifestent pour dénoncer des avortements clandestins dangereux.
 
Des actions d'éclat, comme la parution en 1971 du Manifeste des 343 salopes (femmes déclarant publiquement avoir avorté) ou le procès gagné en 1972 par Gisèle Halimi, défenderesse d'une jeune fille violée ayant avorté, contribuent à mettre la question de l'avortement sur la place publique. À l'Assemblée, les débats s'ouvrent dans un climat plus que houleux. Simone Veil défend le texte devant un aréopage masculin et contre son camp, la droite étant contre le projet de loi. Les insultes et les menaces pleuvent et certains élus pousseront l'ignominie jusqu'à comparer avortement et génocide. La loi est adoptée avec les voix de la gauche. Tout au long de sa carrière, Simone Veil prend le parti des femmes.
 
Après le ministère de la Santé, Simone Veil devient la 1ère présidente du parlement européen, élue au suffrage universel direct. Elle y crée une commission des droits des femmes. Lorsqu'éclate le conflit en ex-Yougoslavie, elle dénonce les viols massifs utilisés comme armes de guerre. Simone Veil sera ensuite nommée ministre du gouvernement Balladur. Elle s'engage très tôt en faveur de la parité et prend le parti des femmes dès que cela est nécessaire. Jean d'Ormesson la reçoit à l'Académie Française en 2010 avec ces mots : « au cœur de la vie politique, vous offrez une image républicaine et morale. »
 
Paroles de Simone Veil, prononcées à la tribune de l'Assemblée Nationale, lors des débats sur la loi sur l'IVG, 1974 : « Je voudrais tout d'abord vous faire partager une conviction de femme, mais je m'excuse de le faire devant cette assemblée presque exclusivement composée d'hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de coeur à l'avortement. Il suffit d'écouter les femmes. C'est toujours un drame et cela restera toujours un drame. »
 
Propos de Simone Veil au sujet de la loi sur l'avortement : « Si j'en ressens de la fierté ? Non, mais je ressens une grande satisfaction, parce que c'était important pour les femmes, et parce que ce problème me tenait à cœur depuis longtemps. »
 
À la question « êtes-vous féministe ? », Simone Veil répondait : « Je ne suis pas une militante dans l'âme, mais je me sens féministe, très solidaire des femmes quelles qu'elles soient... Je me sens plus en sécurité avec des femmes, peut-être est-ce dû à la déportation ? Au camp, leur aide était désintéressée, généreuse, pas celle des hommes. Et la résistance du sexe dit faible y était aussi plus grande. »

Textes : Nathalie Strauch / Photos : iStock