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Catherine Scarabin est chirurgien gynécologue. Dotée d’une voix à faire pâlir d’envie les meilleurs chanteurs, elle est aussi soprano amateur. Elle se produit sur scène où elle tient les rôles titres des grands opéras. Portrait d’une femme chaleureuse et passionnée qui traverse la vie en musique.
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Catherine Scarabin, femme-médecin et chanteuse lyrique

Catherine Scarabin est chirurgien gynécologue. Dotée d’une voix à faire pâlir d’envie les meilleurs chanteurs, elle est aussi soprano amateur. Elle se produit sur scène où elle tient les rôles titres des grands opéras. Portrait d’une femme chaleureuse et passionnée qui traverse la vie en musique.

La Rédaction de Femmes-médecins
Quand et comment la musique est-elle entrée dans votre vie ?
Catherine Scarabin
La musique a été ma première passion. J’ai commencé le piano à huit ans. Très vite, mon professeur m’a fait passer de petites auditions. Avec ma soeur, nous jouions ensemble à la maison. Des morceaux très variés : des pièces à quatre mains, aussi bien du classique que du rock, de la variété… nous faisions des improvisations, des reprises jouées juste à l’oreille où nous chantions à deux voix en jouant au piano et à la guitare. En grandissant, la musique a occupé une place importante dans ma vie, d’autant plus que je suis issue d’une famille bretonne avec beaucoup de musiciens : mon père, mon oncle, et notamment mon cousin Alan Stivell. Dans la maison familiale, le piano était en bas ; le cabinet de ma mère gynécologue au-dessus. Lorsque je jouais, les patientes entendaient ; ma mère descendait me dire « ma patiente a adoré ». En plus de ma famille, j’avais déjà « un public » … Cela me donnait envie de jouer encore plus. Pour moi, la musique est comme une seconde langue vivante.
R.F.M.
Comment avez-vous découvert le chant lyrique ?
Catherine Scarabin
Pour moi, le chant était lié à la variété, au rock... Curieusement nous n’écoutions pas de musique d’opéra à la maison. J’ai découvert les lieders de Schubert en écoutant ma petite soeur Valérie chanter (gynécologue aussi !). J’ai été fascinée par l’émotion que pouvait transmettre la voix, d’autant plus que l’art lyrique est comme le théâtre : un art qui transforme la personne qui chante.

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R.F.M.
Pourquoi n’avez-vous pas continué dans une voie musicale ? Et pourquoi la médecine ?
Catherine Scarabin
Je ne me voyais pas vivre sans musique. Mais je ne me voyais pas vivre de la musique. Être amateur est une bonne solution : on a le plaisir de la musique mais pas la difficulté d’en vivre. En terminale, j’ai adoré les cours de biologie, le vivant me fascinait. Ma voie sera donc la médecine. Je marche aussi sur les traces de mes parents (mère gynécologue et père chercheur en médecine). Étudiante, j’ai beaucoup travaillé. Je voulais être chirurgienne. J’adore l’aspect manuel de la chirurgie. C’est un peu comme de la haute couture, en n’ayant pas droit à l’erreur. J’étais fière d’intégrer une de ces spécialités un peu masculines, où je voulais me faire respecter en tant que femme. En 5ème année, j’ai découvert la gynécologie obstétrique. J’ai beaucoup aimé l’aspect polyvalent de la spécialité : médecine d’urgence, médecine préventive, échographie, chirurgie... J’aimais aussi l’adrénaline des interventions d’urgence en salle d’accouchement. Lorsque j’ai arrêté les gardes en maternité, je me suis intéressée à la cancérologie, et à la reconstruction mammaire. J’ai travaillé dans de grands hôpitaux parisiens.
R.F.M.
Et la musique dans tout cela ?
Catherine Scarabin
Lorsque j’ai commencé mes études, j’ai mis la musique entre parenthèses. Je n’ai pas joué pendant des années. Elle est revenue dans ma vie lorsque j’étais chef de clinique. J’ai repris le piano ; c’était un pansement à l’âme lors d’une période difficile de ma vie. J’ai la chance d’avoir un compagnon mélomane, il m’a poussé à jouer. J’ai beaucoup joué les lieder de Schubert. Je voulais aussi chanter ; j’écoutais Elisabeth Schwarzkopf, qui est LA référence pour ces lieder. C’était ce type de chant qui m’intéressait, je n’écoutais pas encore d’opéra. Je chantais Schubert dans mon salon en m’accompagnant au piano. Ma famille m’a conseillé de prendre des cours de chant. Mais comment faire ? Par le biais de connaissances, j’ai rencontré une professeur de chant lyrique au conservatoire de Paris, Annick De Grom, une femme formidable qui est devenue une amie. Elle m’a fait énormément progresser. J’avais une certaine facilité naturelle à chanter. C’est là qu’est né mon intérêt pour l’opéra. Je me suis même mise à apprendre des langues pour les chanter. Je parlais allemand et j’ai appris l’italien. Au bout d’un an, elle m’a proposé de chanter avec elle en public, pour des récitals au Club Med. J’y chantais de tout, du classique au jazz… Ce sont mes premiers concerts officiels. J’avais déjà chanté devant mes collègues lors de mon pot de départ à ma façon lyrique : la « Bichat Traviata ». La musique avait à nouveau empli ma vie et elle y jouait le même rôle que lorsque j’étais enfant.
R.F.M.
Comment meniez-vous de front musique et médecine ?
Catherine Scarabin
Pour progresser musicalement, j’ai ensuite suivi des cours au conservatoire de Saint Cloud dans la classe de Florence Schiffer. J’ai appris beaucoup de techniques vocales. Je m’investissais de plus en plus dans la musique, j’aimais l’idée d’être redevenue une élève. Comme j’étais à l’aise, j’ai commencé à chanter des rôles entiers, des rôles principaux. J’ai découvert que l’opéra, c’est chanter et jouer à la fois. Pour incarner un personnage, on y met toute sa sensibilité et sa profondeur d’âme. Et il y a les costumes. J’adore cela… En fait j’avais deux vies : j’étais médecin d’un côté et musicienne de l’autre. Je passais des auditions, je rencontrais plein de gens intéressants venant d’univers différents. Par la musique, j’ai rencontré des tas de gens passionnants, et pas des médecins... Cela me permettait de sortir de l’univers un peu « fermé » de la médecine. En 2010, je me suis installée en libéral en reprenant le cabinet de gynécologie de ma mère ; c’était plus simple pour gérer mon emploi du temps et me consacrer au chant. Mais j’ai toujours un intérêt fort pour la chirurgie en gynécologie ; je continue d’opérer une fois par semaine. Pour moi, la chirurgie est comme le chant lyrique ; elle demande le même investissement. Les chirurgiens sont un peu comme des artistes…

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R.F.M.
Avez-vous le sentiment d’avoir donné la priorité à la musique ?
Catherine Scarabin
Oui, à partir du moment où j’ai quitté l’hôpital. Je n’avais pas encore d’enfant ; je consacrais mon temps libre au chant. J’aime être soliste, être sur scène. Chanter en public, c’est se procurer de la joie et la faire rayonner. C’est une forme de transcendance : une grosse préparation puis la délivrance du concert, un peu comme une grossesse, avec le blues qui peut suivre… La chance a mis sur ma route Sabine Aubert, qui est chef d’orchestre. Je l’admire beaucoup. Je rêvais de chanter avec l’Odyssée Symphonique, son orchestre symphonique associatif ouvert aux amateurs. Un jour, je lui ai fait part de mon admiration. Cela a été le début d’une grande aventure et d’une grande amitié ; mon premier concert avec son orchestre était en 2011. J’ai fait depuis de nombreux concerts en tant que soliste sur des airs d’opéra de Verdi, Puccini, Haendel, Donizetti… Le dernier concert a été le Liverpool Oratorio en 2016, de Paul McCartney, dans le rôle-titre de Mary Dee, soprano. Un très beau et grand projet réunissant plus de 150 musiciens : deux orchestres (l’un français l’autre anglais), un choeur d’adultes et un choeur d’enfants, et cinq solistes. Nous l’avons joué à La Madeleine à Paris mais aussi à Cambridge à la salle mythique du Saffron Hall. Cela a été ma plus grande expérience musicale et humaine : le challenge de chanter en anglais un rôle entier d’une oeuvre peu connue et complexe avec un orchestre et un choeur, chanter avec des solistes anglais professionnels sur de grandes scènes, mais aussi une immense joie de partager des moments musicaux et riche en émotions, comme j’en ai partagé avec une des chanteuses, Sylvie Dunet. Grâce aux projets de Sabine, je continue d’apprendre et de progresser d’autant qu’elle me considère comme une professionnelle. Je lui suis vraiment reconnaissante de m’avoir offert cette chance et de pouvoir continuer à partager avec d’autres musiciens la passion de la musique. Il y a une autre personne « dans les coulisses » qui me fait beaucoup progresser : Elena Vassilieva, cantatrice et coach professionnelle dont je suis, avec un grand intérêt depuis 3 ans, les cours et les conseils précieux. Elena est une femme extraordinaire dont le parcours me fait rêver, d’autant plus qu’elle a été la fille adoptive d’Elisabeth Schwarzkopf. C’est étrange, mais la musique me fait souvent des signes de ce genre. Les rencontres les plus marquantes, je les dois à la musique : Annick, Sabine, Sylvie, Elena, Pierre pianiste amateur, Nicolas Chopin, ténor, et Daniele Nutarelli, ténor italien avec qui j’ai fait des récitals de duos d’opéra.
R.F.M.
Envisagez-vous de vous consacrer totalement au chant ? Quels sont vos projets ?
Catherine Scarabin
La question d’une carrière lyrique, je me la suis posée au début. Mais j’étais trop âgée pour les concours et je n’ai pas le niveau des professionnels. Entre temps, j’ai eu mes enfants et j’ai beaucoup moins de temps maintenant pour m’y consacrer. Après mes accouchements, il a fallu que je retravaille ma voix pour la restaurer en quelque sorte ; la grossesse est une période qui peut changer beaucoup le corps mais aussi l’âme d’une femme. Je vois un peu différemment le chant dans ma vie, disons encore plus grand dans sa diversité mais sur un temps plus court (rires)… Avec le chant, je suis en quête de joie, de communion, encore plus de partage avec mes enfants et les autres. Comme une quête spirituelle, j’ai le sentiment que le chant diffuse la grâce, élève les âmes ; il pousse au dépassement de soi. J’espère avoir d’autres projets de concerts, avec l’orchestre de Sabine l’année prochaine et d’autres récitals pour chanter des airs d’opéra et d’opérette. La musique est tellement mystérieuse ! Elle m’a enchantée et m’enchante encore. Elle m’a appris beaucoup de choses et m’apprend encore, notamment sur la vie, sur moi … Et je ne pourrais pas me passer d’elle. Chanter me permet de voyager, de me transporter vers d’autres sphères parfois inconnues, de quitter le « train-train » de la routine pour d’autres rythmes moins monotones et de forger de grandes amitiés intergénérations et internationales. Le chant nous fait du bien, peut nous apporter beaucoup de choses et met du baume sur les blessures ; puis on essaie de le transmettre au public. Un peu comme en médecine.
R.F.M.
Merci Catherine !

Propos recueillis par Nathalie STRAUCH / Photos : Catherine Scarabin - Shutterstock

J’ai repris le piano ; c’était un pansement à l’âme lors d’une période difficile de ma vie.

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Pour moi, la chirurgie est comme le chant lyrique ; elle demande le même investissement. Les chirurgiens sont un peu comme des artistes…

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