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Amélie Gesson-Paute est spécialisée dans la reconstruction mammaire au Centre Aquitain du Sein de la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine. Elle est aussi sportive et habituée des raids extrêmes en équipe. Pour sa dernière participation, elle s’est engagée avec une de ses patientes. Rencontre avec une chirurgienne engagée, qui court pour faire parler du cancer du sein.
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Amélie, chirurgienne engagée & sportive extrême

Amélie Gesson-Paute est spécialisée dans la reconstruction mammaire au Centre Aquitain du Sein de la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine. Elle est aussi sportive et habituée des raids extrêmes en équipe. Pour sa dernière participation, elle s’est engagée avec une de ses patientes. Rencontre avec une chirurgienne engagée, qui court pour faire parler du cancer du sein.

20180627_Amélie-Gesson-Paute-profilAmélie Gesson-Paute est spécialisée dans la reconstruction mammaire au Centre Aquitain du Sein de la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine.


La Rédaction de Femmes-médecins
Quel est votre parcours en médecine ? Pourquoi vous êtes-vous intéressée aux cancers du sein ?
Amélie Gesson-Paute
J’ai une formation en gynécologieobstétrique. J’ai choisi cette spécialité lors d’un de mes stages d’externat ; j’étais en gynécologie et le service m’a donné envie. Lors de mon internat à Toulouse, j’ai découvert combien la spécialité était vaste. En même temps, je suis persuadée qu’on ne peut pas tout faire bien, mais qu’on ne fait bien que ce qu’on fait souvent. Je me suis donc spécialisée, et je dirai même sur-spécialisée dans la chirurgie du sein. J’aime cette discipline. Chaque cas est différent car chaque patiente est différente. Il y a 2 aspects bien distincts ; d’abord la prise en charge du cancer. C’est à chaque fois une expérience humaine. Je suis là pour aider et guérir ; je lutte contre une maladie qui a des répercussions sur toute la sphère familiale. Je côtoie mes patientes pendant longtemps, je les accompagne. Ensuite, il y a la reconstruction mammaire avec souvent plusieurs opérations. Chaque patiente a besoin d’être accompagnée, de façon singulière, guidée, comme sur des rails, car la reconstruction mammaire est un long processus difficile. Ce n’est pas de la chirurgie esthétique. Obtenir un résultat parfait avec une seule opération : non ce n’est pas possible. Pour se préparer, elles doivent entendre des choses difficiles, notamment sur les complications, l’évolution dans le temps de la reconstruction, pour accepter leur nouvelle image corporelle, et pouvoir retrouver leur féminité. Le sourire et le bien-être de mes patientes à la fin me suffisent et c’est pour cela que j’aime cette spécialité.

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R.F.M.
Vous participez à des raids sportifs. Quelle place tient le sport dans votre vie et comment en êtes-vous venue à faire des raids ?
Amélie Gesson-Paute
Je fais du sport depuis que je suis toute petite. J’ai fait de l’athlétisme, et réalisé quelques petites performances en participant aux Championnats de France. Puis j’ai fait médecine. J’ai lâché l’athlétisme mais j’ai continué à faire du sport pour le bien-être. En 2015, je me suis réinscrite dans un club d’athlétisme, après tout de même une quinzaine d’années d’arrêt. Je cherchais à progresser et à me faire plaisir. Cette année-là, une amie du club m’a proposé de participer à un raid multisport 100 % féminin à l’étranger. J’ai tout de suite accepté ! J’ai un côté aventurier dans l’âme et en plus nous allions à l’autre bout du monde : Bali. Particularité de ce raid : c’était un raid solidaire. Chaque équipe devait soutenir une association ; mon amie et moi avions choisi « Keep a breast », parce que je connaissais la présidente. En plus j‘adhère totalement leur programme de sensibilisation au cancer, en particulier la prévention du cancer du sein. Chaque équipe devait présenter son association aux autres participantes qui élisaient ensuite la « meilleure association », dotée d’un prix de 1500 euros ! Et c’est notre association qui a gagné. Il faut dire que nous avons, dans notre présentation, mis en avant le programme de sensibilisation à l’autopalpation des seins de Keep a breast, en disant que, compte tenu de ma spécialité, je pouvais joindre le geste à la parole pour montrer et expliquer les bons gestes à chaque participante. Du coup, j’ai passé la semaine du raid sportif à parler boulot !
R.F.M.
Qu’avez-vous retiré de cette première participation ?
Amélie Gesson-Paute
Cette participation a été une révélation pour moi. Tout d’abord j’ai goûté aux joies des raids. J’adore cela ! J’aime le dépassement de soi, participer à des épreuves difficiles où l’on doit puiser profondément pour y arriver. C’est très enrichissant sur un plan personnel. Et puis il y a les rencontres, des moments humains extraordinaires. En fait, j’ai besoin de ces défis sportifs. Ensuite, j’ai aimé le côté associatif pour sensibiliser les participantes. Je me suis aperçue que c’était facile pour moi car je parlais de ma spécialité et de l’importance de diagnostiquer les cancers du sein le plus tôt possible pour avoir les meilleures chances. Du coup, je me suis de plus en plus investie dans Keep a breast, jusqu’à devenir responsable Europe du programme Check YourSelf de sensibilisation au cancer du sein. Je le suis toujours.
R.F.M.
Vous avez participé dernièrement au Finland Trophy. Pouvez-vous nous en parler ?
Amélie Gesson-Paute
Pour toujours plus de défis !! J’ai décidé de participer au 1er Raid Polaire Féminin. Car rien n’est impossible. L’idée me trottait dans la tête depuis un certain temps déjà parce que ce raid est solidaire (et je pouvais donc continuer à représenter Keep a breast) et parce qu’on parle de plus en plus de l’importance du sport pour faire face au cancer. Au même moment, j’ai soigné une jeune patiente infirmière dans ma clinique pour un cancer du sein. Je me suis occupée de sa reconstruction mammaire. C’était compliqué et lourd. Elle est venue pour une consultation de contrôle en octobre 2017. Et là j’ai eu envie de franchir la ligne de conduite que je m’étais toujours imposée, c’est-à-dire garder une barrière entre mes patientes et moi. Avec cette patiente, j’ai sauté le pas pour la première fois. Je lui ai proposé de participer avec moi au Finland Trophy, qui se déroulait en janvier. Elle a accepté tout de suite ; elle ne s’est pas posé la question de son organisation. Nous sommes vite passé du « vous » au « tu ». Le Finland Trophy a été compliqué ; il s’agit du premier raid polaire féminin et la plupart des participantes ont plongé dans l’inconnu, avec des épreuves très dures. Mais humainement, cette participation a été très riche. J’ai ressenti un immense sentiment de protection envers ma patiente. Je me demandais pourquoi je l’avais entrainée dans cette aventure ; en courant, j’avais des flashes de ses opérations de reconstruction mammaire. J’ai été submergée par les émotions alors que je suis plutôt quelqu’un de réservé et qui s’exprime peu. Finalement, notre engagement commun au Finland Trophy nous a poussé à nous entraider et a fait naitre entre nous une vraie histoire d’amitié sincère. C’est vrai que les participantes de raids tissent souvent des liens particuliers et restent en contact.
R.F.M.
Votre participation au Finland Trophy a été médiatisée. Comment l’avez-vous vécu ?
Amélie Gesson-Paute
En fait, je suis quelqu’un de timide et réservé. J’aime peu m’afficher. J’essaie de faire les choses, pas de les montrer. Mais finalement, j’ai été très fière que l’on parle de nous 2. Je me suis aussi rendue compte de tout ce que nous avions réalisé. Et cela a été très bénéfique pour Keep a breast ; on a parlé de l’association qui a récolté des fonds (elle a été l’association soutenue en priorité par le Finland Trophy).

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R.F.M.
Avez-vous d’autres projets de raids avec votre patiente ?
Amélie Gesson-Paute
En octobre prochain, nous participons toutes les 2 en équipe à un raid en Croatie, le Croatia Island Trophy. C’est l’équipe du Finland Trophy qui organise ce raid, là encore 100 % féminin et solidaire. Octobre, c’est le mois de la sensibilisation au cancer du sein, et le raid mettra vraiment l’accent dessus. Nous soutiendrons une nouvelle fois Keep a breast. En attendant, il y a le Raid Défi d’Elles sur le Bassin d’Arcachon et l’Ile d’Oléron. Ma patiente participe avec une amie. Moi, je fais partie de l’équipe médicale. Je continuerai à la surveiller… À la clinique, mes autres patientes ont entendu parler du Finland Trophy. Certaines me disent « chiche ! ». Et j’ai un autre projet sportif en tête, cette fois sans ma patiente.
R.F.M.
Pouvez-vous nous en dire plus ?
Amélie Gesson-Paute
Oui. J’ai fait une fois un marathon dans ma vie, le marathon de Paris. Toutes les émotions d’une vie défilent en quelques heures. Je m’étais dit que si je devais recommencer, ce serait pour faire le marathon de New York, parce qu’il me fait rêver ; il se déroule en novembre. Cela va bientôt être chose faite. Nous sommes 3 amies engagées et nous allons courir ce marathon pour 42 de mes patientes, une patiente pour un kilomètre de course. Nous ne pourrons pas les faire venir à New York, mais elles savent ce que nous faisons. Nous voulons que notre projet soit médiatisé pour faire parler du cancer du sein et des bénéfices du sport. Les patientes nous ont donné un selfie et à chaque km que nous courrons, leurs prénoms résonneront en nous. Un marathon c’est déjà tellement fort. Et là, il s’agit en plus de faire cette course en communion avec mes patientes. Je n’y vais pas pour réaliser une performance sportive exceptionnelle, parce qu’entre le travail et la vie de famille, je ne suis pas correctement préparée. Mais je participe à une belle aventure humaine.
R.F.M.
Merci beaucoup, Amélie, de nous avoir fait partager votre passion.

Propos recueillis par Nathalie STRAUCH / Photos : Shutterstock

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