Retour
Qui va à Florence ne peut que rester bouche bée devant l’accumulation et la richesse des oeuvres d’art. À tel point que certains touristes en éprouvent un malaise, le syndrome de Stendhal. Il fait partie des syndromes du voyageur (comme le syndrome de Jérusalem, lié au caractère sacré de la ville ou le syndrome de Paris, dû au décalage entre ville fantasmée et réalité de la capitale).
20180321_STENDHAL-1

Le syndrome de Stendhal : un trouble lié aux œuvres d’art

Qui va à Florence ne peut que rester bouche bée devant l’accumulation et la richesse des oeuvres d’art. À tel point que certains touristes en éprouvent un malaise, le syndrome de Stendhal. Il fait partie des syndromes du voyageur (comme le syndrome de Jérusalem, lié au caractère sacré de la ville ou le syndrome de Paris, dû au décalage entre ville fantasmée et réalité de la capitale).

Un syndrome qui porte le nom d’un écrivain français du XIXème siècle

Stendhal, en visite à Florence en 1817, entre dans la basilique Santa Croce pour admirer les tombeaux d’hommes célèbres (Michel Ange, Galilée, Machiavel, …) et les fresques peintes par Volterrano. Il est alors pris d’un malaise qui l’oblige à sortir et qu’il relate dans « Rome, Naples et Florence ». Il est le premier à décrire les symptômes de ce malaise, qui, en souvenir, porte désormais son nom (il est aussi appelé syndrome de Florence). Le syndrome de Stendhal se présente comme un trouble psychosomatique lié à un trop plein émotionnel éprouvé par une personne plongée au milieu de nombreuses oeuvres d’art. Les notions de temps et d’espace disparaissent, le rythme cardiaque augmente ; le sujet peut entrer dans un état nécessitant une hospitalisation et ressentir vertiges, hallucinations, crises de nerf ou de panique. Certains tentent même de détruire les œuvres, à tel point que les gardiens de musée sont formés pour gérer les visiteurs atteints du syndrome.

Le syndrome de Stendhal : plutôt éprouvé par des occidentaux

La psychiatre florentine Graziella Magherini, après avoir étudié de nombreux cas, publie en 2003 « Le syndrome de Stendhal. Le malêtre du voyageur face à la grandeur de l’art ». Elle montre que les personnes les plus susceptibles d’éprouver ce malaise vivent souvent seules et proviennent d’abord d’Europe puis d’Amérique du nord. Les autres nationalités sont peu touchées ; les différences culturelles ou religieuses les rendent peu sensibles à ce type de suffocation artistique. Quant aux Italiens, ils sont « immunisés », ayant toujours vécu entourés d’oeuvres d’art majeures. Le syndrome a d’autres éléments déclencheurs ; la fatigue accumulée par les voyageurs enchainant les visites parmi les 50 musées de Florence, la chaleur, les modifications de régime alimentaire ou encore le mal du pays peuvent jouer un rôle dans l’apparition du malaise. « (…) les Sibylles du Volterrano m’ont donné peut-être le plus vif plaisir que la peinture m’ait jamais fait. J’étais déjà dans une sorte d’extase, par l’idée d’être à Florence, et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux. Absorbé dans la contemplation de la beauté sublime, je la voyais de près, je la touchais pour ainsi dire. J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les beaux-arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de coeur, ce qu’on appelle des nerfs ; la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. » Extrait de « Rome, Naples et Florence », Stendhal.

20180321_STENDHAL-2

Texte : Nathalie STRAUCH / Photos : Shutterstock

Pour moi le syndrome de Stendhal c’était de l’ordre de la fiction… J’aurais jamais cru qu’on puisse vivre cela… Et c’est ce que j’ai vécu. Un sentiment de trop de beauté. J’étais épuisé par cette beauté en continu.

Là, franchement, je peux avoir la gorge qui se noue, le rythme cardiaque qui s’accélère brutalement… Et les yeux écarquillés. Oui c’est une explosion. Un spasme, entre la joie et la douleur. Ça chauffe le coeur. Ça m’a foudroyé et j’ai crié.

Extraits de « Tropique du capricorne », Henry Miller