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Chacun de nous a déjà croisé des personnes très actives, qui enchainent les activités, supportent sans souci des sollicitations multiples et font de leur travail une vraie passion. On les envie pour leur énergie et leur capacité à vivre dans un tourbillon incessant. Et pourtant... cette hyperactivité n'est pas bénéfique pour le cerveau.
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Ne rien faire est bénéfique pour le cerveau

Chacun de nous a déjà croisé des personnes très actives, qui enchainent les activités, supportent sans souci des sollicitations multiples et font de leur travail une vraie passion. On les envie pour leur énergie et leur capacité à vivre dans un tourbillon incessant. Et pourtant... cette hyperactivité n'est pas bénéfique pour le cerveau.

Plus le temps de ne rien faire

Que ce soit sur le plan personnel ou professionnel, nous sommes soumis à des sollicitations incessantes. Nous croulons sous les publicités ou les informations et nous ne savons plus nous passer de nos smartphones, ordinateurs et autres écrans. Dès que nous avons un moment de libre, si petit soit-il, nous trouvons un moyen de le combler, si bien que la notion de « vide » n'existe plus dans nos vies. Nous avons constamment l'impression de courir après le temps, qui nous donne l'impression de s'écouler plus rapidement. Nous ne savons plus ne rien faire, se poser, prendre du temps pour soi.

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Ne rien faire est nécessaire

Il ne s'agit pas de regarder distraitement la télévision ou de se promener, mais de ne réellement rien faire. S'accorder régulièrement quelques instants permet de se ressourcer, de se reconnecter avec soi-même pour donner une place aux sensations. Ces moments rares nous offrent une parenthèse de calme dans une vie trépidante, mais sont surtout indispensables à notre cerveau. Lorsque nous ne faisons rien, lui travaille. Il trie, il stocke, il établit des liens à partir de toutes les informations à sa disposition. Cette activité cérébrale qui se met en place lorsque nous sommes inactifs est appelée « mode par défaut ». Notre pensée vagabonde alors librement. C'est le moment où le cerveau, qui ne représente que 2% de notre masse, consomme 20% de l'énergie corporelle. Ce mode de fonctionnement du cerveau diminue dès qu'on entame une quelconque tâche cognitive ; les réseaux cérébraux nécessaires à cette tâche sont activés et l'utilisation du réseau par défaut diminue de manière proportionnelle.

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Réseau par défaut et introspection

Le neurochirurgien Francis Eustache (CHU de Caen), spécialiste de la mémoire traumatique, explique que le mode par défaut du cerveau aide à émettre des hypothèses, à s'adapter à l'environnement pour mieux vivre les situations futures, à solliciter notre créativité pour trouver des solutions à nos problèmes et à renforcer la mémoire en confrontant informations nouvelles et d'autres plus anciennes. C'est donc vers soi que se tourne le cerveau en mode par défaut, en confrontant expériences passées et expériences présentes pour se projeter dans le futur en échafaudant des hypothèses. Le réseau par défaut ne fonctionne donc pas en mode statique mais en évoluant perpétuellement pour atteindre le meilleur équilibre entre les hypothèses formulées pour l'avenir et les manières d'y répondre. Le mode par défaut est donc indispensable pour comprendre le monde et s'y adapter ; mais il faut lui laisser la possibilité de s'activer et arrêter d'envier les personnes débordées d'activités ; elles mettent leur cerveau en danger.

Texte : Nathalie STRAUCH / Photos : Shutterstock

Lorsque nous ne faisons rien, le cerveau travaille. Il trie, il stocke, il établit des liens à partir de toutes les informations à sa disposition. [...] C'est le moment où le cerveau, qui ne représente que 2% de notre masse, consomme 20% de l'énergie corporelle.

« On se tourne vers nos pensées, on se tourne vers des informations récentes, auxquelles on a été confronté. Notre cerveau va permettre de faire en quelque sorte une synthèse entre ces informations nouvelles ou relativement nouvelles et des informations plus anciennes. [...] C'est un des temps indispensables à la création de notre autobiographie. Si on n'a pas ces moments, notre autobiographie va manquer de pages, mais surtout d'une cohérence d'ensemble » explique le neuropsychologue. Francis Eustache, neurochirurgien au CHU de Caen

« Cette projection de soi par anticipation serait un élément-clé de l'activité cérébrale au repos. Le réseau par défaut interviendrait dans l'élaboration de scénarios mentaux visant à imaginer ou planifier le futur, comme lorsqu'on se voit déjà se prélasser sur une plage en pensant à ses prochaines vacances d'été. Le réseau par défaut pourrait également être requis lorsqu'on imagine des situations alternatives, qu'elles soient réalistes ou fantaisistes » Gaël Chételat, directrice de recherche au CHU de Caen.