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Denis Mukwege est un gynécologue congolais internationalement respecté pour son travail auprès des femmes violées, sa dénonciation du viol comme arme de guerre et son engagement pour l’instauration de la démocratie au Congo. Maintes fois distingué (prix des Droits de l’homme des Nations unies, Légion d’honneur, prix de la fondation Clinton, Inamori Prize for Ethics, prix Sakharov,…), il a publié un livre, « Plaidoyer pour la vie ».
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Denis Mukwege, « L’homme qui répare les femmes »

Denis Mukwege est un gynécologue congolais internationalement respecté pour son travail auprès des femmes violées, sa dénonciation du viol comme arme de guerre et son engagement pour l’instauration de la démocratie au Congo. Maintes fois distingué (prix des Droits de l’homme des Nations unies, Légion d’honneur, prix de la fondation Clinton, Inamori Prize for Ethics, prix Sakharov,…), il a publié un livre, « Plaidoyer pour la vie ».

Au secours des femmes violées

Le docteur Mukwege fonde en 1999 l’hôpital Panzi, dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), zone en proie à la guerre. En s’occupant de femmes violées, il découvre l’utilisation des violences sexuelles comme arme de destruction. Ces viols sont planifiés et se déroulent devant la communauté ; collectifs, ils touchent les femmes sans distinction d’âge (même les bébés) et sont suivis de tortures visant à détruire les organes génitaux. Devant la menace, les populations fuient, les communautés explosent, laissant les milices maitresses du territoire. Les conséquences de cette barbarie touchent plusieurs générations : les femmes n’ont plus d’enfants ou sont contaminées par le VIH, les structures sociales sont détruites. devenu « l’homme qui répare les femmes » ; il en a soigné 50 000, devenant conséquemment un spécialiste mondial du traitement des fistules. D’abord médicale, l’aide aux femmes violées concerne aussi l’aspect psychosocial, émotionnel ou juridique.

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La volonté de dénoncer les causes des violences

Mais soigner les femmes revient à vider un puits sans fond : les violences continuent. Denis Mukwege décide de dénoncer internationalement les raisons des viols. Pour lui, ils sont liés au coltan, utilisé en téléphonie. Le Congo possède 80 % des réserves mondiales, situées dans les zones où les femmes sont agressées. Cette pratique permet aux bandes de s’approprier les richesses du sous-sol, en vidant la région de sa population. La visibilité de Denis Mukwege sur le plan international met sa vie en danger : il échappe en 2012 à une tentative d’assassinat. Sa famille et lui sont contraints de vivre à l’hôpital Panzi, protégés par les Casques bleus. Cette protection lui a un temps été retirée, comme au gynécologue Gildo Byamungu, assassiné dans les jours qui ont suivi. Denis Mukwege mène en parallèle un combat citoyen pour que la paix s’installe au Congo et que le pays s’engage dans un processus démocratique. Mais le calendrier électoral a été revu, permettant à Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir, malgré une forte opposition.

Texte : Nathalie STRAUCH / Photos : Claude Truong-Ngoc - Shutterstock

Notre action gêne : nous soignons les victimes de la violence et de la barbarie dans le Kivu. Elles nous parlent, nomment leurs bourreaux [...] On risque sa vie quand on soigne dans le Kivu. Il n’y a pas d’État, de justice et de police pour nous protéger. Même les Casques bleus ne nous protègent plus. Docteur Denis Mukwege

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En interpellant les dirigeants du monde, en les conjurant de refuser que le corps des femmes serve de champ de bataille, j’ai découvert que le viol de guerre existait dans toutes les sociétés. (…) Cette pratique a longtemps été perçue comme un aléa de la guerre, un simple dommage collatéral. Les esprits heureusement évoluent. Depuis dix ans, le concept d’arme véritable s’est imposé peu à peu. Docteur Denis Mukwege

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