Retour
On pense les médecins bien placés pour assurer leur suivi médical. Mais rien n’est plus faux : 80% d’entre eux n’ont pas de médecin traitant, portent peu d’attention à leur santé personnelle et pratiquent autodiagnostic et automédication. A tel point que le Collège National des Anesthésistes Réanimateurs a lancé une campagne nationale de sensibilisation.
Médecins mal soignés 01

Les cordonniers sont mal chaussés et les médecins mal soignés

On pense les médecins bien placés pour assurer leur suivi médical. Mais rien n’est plus faux : 80% d’entre eux n’ont pas de médecin traitant, portent peu d’attention à leur santé personnelle et pratiquent autodiagnostic et automédication. A tel point que le Collège National des Anesthésistes Réanimateurs a lancé une campagne nationale de sensibilisation.

L’état de santé de la population médicale :

Les médecins, attentifs à la santé de leurs patients, n’ont pas le même comportement lorsqu’il s’agit de leur propre santé : 8 sur 10 n’ont pas de médecin traitant ; d’après le Journal International de Médecine, seuls 6% d’entre eux se font régulièrement suivre par un confrère. Une étude de la Drees de 2010 fait ressortir que 30% des généralistes souffrent de maladie chronique. 

Confrontés de par leur métier à la maladie, les médecins se sentent l’obligation de se dévouer aux autres ; ils ne veulent manquer ni à leurs patients ni à leurs collègues. Conséquence : leurs pathologies sont détectées à un stade plus avancé et nécessitent donc des traitements plus lourds. Et même lorsque le diagnostic est établi, les médecins restent souvent dans le déni, comme si la maladie ne pouvait réellement les concerner. 

Le burn-out guette :

Globalement, ce comportement, entre autodiagnostic et automédication, leur fait courir des risques. D’ailleurs, les médecins, lorsqu’on les interroge, se déclarent en mauvaise santé. Une étude de 2007 montrait déjà que 60% des généralistes s’estiment en situation d’épuisement professionnel

Le burn-out guette les médecins, avec son lot de conséquences négatives, pour eux-mêmes et leurs patients : un taux de suicide élevé, une automédication aux psychotropes (selon la Drees, 60% de ceux consommés par le corps médical sont auto-prescrits) et une augmentation des erreurs médicales. 

Plus alarmant : 1 étudiant en médecine sur 4 se déclare en mauvaise santé. Soumis à des rythmes effrénés, 14% ont déjà songé au suicide.

Le CFAR a lancé une campagne nationale de sensibilisation :

Devant l’ampleur du problème, la commission SMART (Santé des Médecins Anesthésistes Réanimateurs au Travail) du Collège Français des Anesthésistes Réanimateurs (CFAR) a lancé au printemps 2017 une campagne de prévention visant à inciter les médecins à consulter.

Médecins mal soignés 02

Intitulée « dis doc, t’as ton doc ? », elle propose 12 visuels "représentatifs de la diversité des parcours professionnels et des modes d'exercice, libéral ou public". Cette campagne cherche à faire évoluer la mentalité des médecins en ce qui concerne la prise en charge de leur santé personnelle, pour qu’ils cessent autodiagnostic et automédication et prennent, dès leur formation puis durant toute leur carrière, un médecin traitant. Elle met en avant l’importance d’être soi-même suivi pour assurer des soins de qualité. 

Cette campagne s’inscrit dans la durée ; elle sera diffusée pendant les 10 prochaines années auprès des médecins et étudiants en médecine, et relayée par des organisations partenaires, telles que le ministère de la Santé, des syndicats, des représentants des hôpitaux, …

Propos recueillis par Nathalie STRAUCH / Photos : Shutterstock

Plus encore que par le passé, les soignants bâtissent leur identité professionnelle sur une image de superhéros. On les voudrait indestructibles, et ils acceptent d’endosser ce costume, au risque de leur propre santé.

Éric Galam, enseignant de médecine générale à Paris Diderot.

Au prétexte, (...) qu'ils seraient les mieux placés pour leur propre suivi, les médecins privilégient l'autodiagnostic et l'automédication ou recherchent trop souvent un conseil rapide, entre deux portes..., parfois trop tard !

Constat du CFAR.

Nous sommes conscients de n'être qu'au tout début d'un processus qui prendra plusieurs années. Nous espérons récolter dans dix ans ce que nous semons aujourd'hui et inverser la tendance avec seulement 20% de professionnels sans médecin personnel.

Max Doppia, secrétaire général adjoint du CFAR