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Les côtes corses font trop souvent oublier que l'île est une région de montagne dont les routes escarpées cachent une multitude de villages confettis, habités par une population vieillissante. En Corse, toutes spécialités confondues, les femmes ne représentent que 32% du corps médical et seulement 25% d'entre elles n'exercent pas en ville. Travailler dans les montagnes corses, quand on est une femme, est-­ce cumuler les difficultés ou multiplier les ressources ?
Corse

Femmes médecin en zone rurale : l'exemple Corse

Corse2Une réalité contrastée

En matière de médecins, la Corse paraît particulièrement bien dotée. Avec 269 médecins pour 100 000 habitants, l'île est loin des nombreux déserts médicaux du continent...

Pourtant, en y regardant de plus près on s'aperçoit rapidement que la plupart des médecins corses exercent en ville alors que plus de la moitié des personnes âgées de l'île vivent en zone rurale.

Résultat, le recours aux soins hospitaliers est plus fort en Corse que dans n'importe quel autre région française.

Bientôt plus de médecins ?

Qui dit rural dit isolement : « Beaucoup de personnes âgées qui vivent dans les villages sont seules et souvent dans l'incapacité de se déplacer », explique le Docteur Corteggiani, médecin à la Casa Medicale, de Calenzana en Haute­Corse.

« Quand je me suis installée mon fils n'avait que 4 ans et mon mari était infirmier libéral. Nous n'avons pas tenu longtemps dans cette configuration... Il a fallu faire des sacrifices mais au final ils ont été payants. Nous avons une vraie qualité de vie même si je travaille beaucoup... Mon mari a choisi de s'arrêter de travailler pour se consacrer à notre fils et s'occuper de tout le reste, sinon ce n'aurait pas été possible. Nos emplois respectifs nous prenaient tout notre temps. Il fallait payer quelqu'un pour garder notre enfant, faire le ménage et j'en passe. Rapidement plus de charges que de rentrées d'argent... Je ne regrette rien mais il est évident que c'est un sacerdoce !. »

Domus Medica, Casa Medicale, la solution ?

Nichée au cœur du village, la maison médicale au sein de laquelle exerce désormais le docteur Corteggiani, offre des conditions de travail tout particulièrement adaptées à l'enclavement.

Inaugurée en 2014, elle permet une prise en charge globale des malades, tout en optimisant la prévention et le soutien aux familles.
« Bien sûr, la Casa Medicale ne résout pas tous les problèmes, il faut encore faire des tournées, se rendre auprès de malades qui se trouvent à plus de trois­quart d'heure de route, mais sans cela c'est le burn­out assuré... Après quelques années d'exercice j'ai vite réalisé qu'il fallait que je trouve une solution pour améliorer mes conditions de travail, en plus de ma vie privée. Car ici ce n'est pas tant l'isolement qui pose problème, plutôt la charge de travail... »

Un lieu unique, des services multiples, voilà sans doute une partie de la solution pour le rural Corse. Médecins, kinésithérapeutes, infirmiers, orthophonistes, psychologues, sage­femme...tout est enfin accessible à la population, hors zone urbaine. Reste qu'une augmentation des effectifs serait sûrement bien venue. Malheureusement les médecins corses sont vieillissants et presque toutes les installations se font en ville...

Et les services publics?

Le docteur Corteggiani de préciser, « il manque une réelle volonté politique et publique. Sans elle le système ne tiendra pas longtemps. Le premier pédiatre est à 150 km et en Corse cela veut dire plus de deux heures de route. On fait tout ici parce que tout est loin. On pourrait faire économiser énormément à la Sécurité Sociale, mais rien ne suit, il n'y a aucune contrepartie publique. Nous voulons mettre en place un programme d'ETP diabète mais la prise en charge publique est dérisoire ! Nous portons seuls ce type de projet, cela ne pourra pas fonctionner longtemps.»

Pourtant lorsque le docteur Corteggiani fait le bilan de ses 17 ans d'exercice, elle n'est pas amère.
Bien au contraire. Et quand on l'interroge sur la solitude du médecin de campagne, elles préfère nous rappeler la nécessité absolue de son travail.