Retour
Le système judiciaire américain est malade et nous sommes tous conviés à contempler l'ampleur du cancer qui le ronge. Par le biais d'un fait divers, la condamnation pour viol de Steven Avery, un gars du Wisconsin, libéré 18 ans plus tard à la lumière des tests ADN, réincarcéré moins d'un an après pour meurtre et viol, c'est toute la société américaine qui vacille.
Making a murderer_1

« Making a Murderer »

Le système judiciaire américain est malade et nous sommes tous conviés à contempler l'ampleur du cancer qui le ronge. Par le biais d'un fait divers, la condamnation pour viol de Steven Avery, un gars du Wisconsin, libéré 18 ans plus tard à la lumière des tests ADN, réincarcéré moins d'un an après pour meurtre et viol, c'est toute la société américaine qui vacille.

 
Pour la première fois une série (un documentaire, une émission de télé-réalité, à vrai dire on ne sait plus bien), fait pénétrer le monde entier (la série est diffusée sur Netflix accessible dans plus de 180 pays) dans l'antichambre du système pénal des U.S.A. Et le spectacle n'est pas triste ! Erreurs judiciaires, faux témoignages, avocats véreux, toutes les figures des fictions dont l'Amérique nous abreuvent sont présentes mais cette fois tout est vrai...

« Making a Murderer » est un nouveau genre télévisuel qui fait du petit écran l'arène du débat public

Internet a rapidement pris le relais et la toile a été violemment secouée au début de l'année 2016 par les prises de positions et les attaques des spectateurs contre les avocats et les juges de Steven Avery. Tout le comté est sous les feux des projecteurs. Les pétitions qui ont suivi la diffusion de la série ont regroupé plusieurs centaines de milliers de signatures. L'une d'entre elle, adressée à Barak Obama, a même entraîné une prise de position publique de la maison blanche. Incompétent en matière de crimes fédéraux, le président, n'est pas en mesure de gracier le condamné Avery.
Les plus grands médias américains se sont emparés de l'affaire !
Les plus grands médias américains se sont emparés de l'affaire ! Le New York Times offre une tribune à ses lecteurs les invitants à élucider l'affaire, et ce sont les nouveaux éléments apportés par les spectateurs qui permettront peut être à la justice de rejuger Steven Avery et aux réalisatrices de proposer aux spectateurs une nouvelle saison...

« Making a Murderer » invente un genre

Le spectacle de la vie de Steven Avery est à la fois passionnant et terrifiant. Terrifiant pour les erreurs judiciaires dont il a été victime et aussi parce que pour la première fois dans l'histoire, la télévision couplée à internet devient un outil judiciaire aux mains des spectateurs.
Big brother est là, il nous regarde, mais les réalisatrices de « Making a Murderer » nous invitent à retourner l'œil de la caméra.
Quel est le procès qui occupe « Making a Murderer » ? Celui de Steven Avery ou de la société américaine ? Quel est le vrai crime de Steven ? Un viol et un meurtre qu'il n'a, a priori, pas commis ou son refus et celui de sa famille d'appartenir à la communauté de Manitowoc ?

Et au final qu'est ce qu'on en retient, ici dans l'hexagone ?

Que la justice américaine est une machine qui broie les individus dans ses mâchoires aux dents acérées par les classes sociales, la race et la conformité à un modèle de société WASP ? Que l'idéal de liberté à l'américaine n'est qu'un rideau de fumée servant à nous détourner de la rigidité des mœurs de cette société ? Les élections qui s'annoncent confirmeront-elles cette impression ? Les résultats de novembre 2016 nous donnent la réponse.

Texte : Laëtitia COLONNA / Photos : Shutterstock

« Making a Murderer »

Laura Ricciardi et Moira Demos

(U.S.A, 2015)

Making a murderer_4