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Louise Bourgeois est une des rares sages-femmes dont le nom soit passé à la postérité. Elle pratique dans le premier tiers du XVIIème siècle, époque de profonde mutation pour l’obstétrique : les médecins commencent à s’intéresser au sujet et cherchent par tous moyens à supplanter les sages-femmes. Louise Bourgeois écrit pour témoigner de son art et permettre à ses consœurs de se former à partir de son expérience.
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Louise Bourgeois, une sage-femme au XVIIème siècle, époque charnière pour l’obstétrique

Louise Bourgeois est une des rares sages-femmes dont le nom soit passé à la postérité. Elle pratique dans le premier tiers du XVIIème siècle, époque de profonde mutation pour l’obstétrique : les médecins commencent à s’intéresser au sujet et cherchent par tous moyens à supplanter les sages-femmes. Louise Bourgeois écrit pour témoigner de son art et permettre à ses consœurs de se former à partir de son expérience.

 

L’accouchement : le domaine réservé des femmes

Au début du XVIIème siècle, les accouchements sont pratiqués par des femmes issues du petit peuple, souvent analphabètes, qui n’ont aucune formation théorique mais une connaissance pratique de l’art d’accoucher. Les médecins commencent pourtant à s’intéresser à l’obstétrique ; ils dénoncent les manquements des matrones, mais leurs critiques portent peu car ils ne pratiquent pas pour respecter la pudeur des parturientes. Et, s’ils veulent apprendre, ces médecins sont obligés de se rapprocher des sages-femmes, les seules à posséder un savoir directement utilisable.

L’exemple de Louise Bourgeois

C’est dans ce contexte tendu que Louise Bourgeois devient sage-femme. Elle est née à Paris en 1563 et reçoit une bonne éducation. Elle épouse en 1584 un élève d’Ambroise Paré, qui s’engage dans les armées royales lors des guerres de religion. Louise met alors à profit les notions d’anatomie acquises auprès de son mari pour pratiquer des accouchements. Le 12 novembre 1598, Louise Bourgeois obtient son diplôme de sage-femme, malgré l’opposition de condisciples qui considèrent qu’une femme de médecin est susceptible de s’entendre avec les médecins au détriment de sa propre corporation. La tension médecin/sage-femme est déjà une réalité.
En 1601, la reine Marie de Médicis, femme d’Henri IV est enceinte. Elle refuse d’être accouchée par la même sage-femme que Gabrielle d’Estrées, maitresse du roi. Elle fait appel à Louise Bourgeois, qui l’aidera à mettre ses 6 enfants au monde. Il n’est pas encore question de faire intervenir un chirurgien homme.

Louise-Bourgeois

La volonté de témoigner pour aider à la formation des sages-femmes

Louise est une sage-femme reconnue lorsqu’elle écrit en 1609 : "Observations diverses sur la stérilité, perte de fruits, fécondité, accouchements et maladies des femmes et enfants nouveau-nés". Il sera suivi d’un livre d’instructions à sa fille, qui veut devenir sage-femme. Elle est la 1ère à écrire des traités d’obstétrique dans lesquels elle fait le tour de ses connaissances, note ses observations sur les nombreux accouchements qu’elle a pratiqués, donne des conseils d’hygiène, et insiste sur la nécessaire formation des sages-femmes. Elle supplie en vain les médecins de les accueillir en cours d’anatomie et de dissection, consciente que c’est la formation et la déontologie qui permettront à sa corporation de résister aux critiques des chirurgiens.

Des chirurgiens accoucheurs de plus en plus présents

Les obstétriciens cherchent à s’imposer face aux accoucheuses, même si la situation est différente entre la campagne où interviennent les matrones les moins formées et les plus critiquées et les grandes villes. Les sages-femmes qui y travaillent se forment de plus en plus (stage de 3 mois obligatoire à l’hôtel-Dieu à Paris à partir de 1630) et ont souvent, comme Louise Bourgeois, un savoir reconnu.
Vers 1640, les médecins commencent à intervenir lors d’accouchements difficiles dans les milieux les plus aisés. En cas de décès, ils incriminent la sage-femme, coupable de ne pas les avoir appelés à temps et s’attribuent tous les mérites des accouchements réussis. 
C’est d’ailleurs ce qui arrive à Louise Bourgeois : En 1627, elle accouche Mme de Bourbon Montpensier, belle-sœur du roi, qui décède. Les médecins pratiquent une autopsie et accusent Louise de négligence. Elle répond par un opuscule (le XVIIème siècle est le siècle des pamphlets et des polémiques), dans lequel elle défend ses connaissances et met en cause la compétence des médecins. Son ouvrage n’a pas l’effet escompté ; les dénigrements les médecins ont fait leur œuvre.

Le temps des hommes

Durant les XVIIème et XVIIIème siècles, les sages-femmes sont dénigrées, l’amalgame sage-femme /matrone est fréquemment utilisé au profit des chirurgiens accoucheurs. La toute-puissance des sages-femmes amorce son déclin. Les hommes prendront définitivement le pas sur les femmes lorsque Louis XIV demande en 1663 à Julien Clément d’accoucher sa favorite, Madame de la Vallière. Ce seront encore des hommes qui accoucheront Madame de Montespan et la reine. Le règne des chirurgiens accoucheurs commence dans les hautes sphères de la société, au détriment des sages-femmes. En même temps, de jeunes obstétriciens comme Pierre Portal ou François Mauriceau commencent à écrire sur leur spécialité.

Louise Bourgeois est la 1ère à écrire des traités d’obstétrique dans lesquels elle fait le tour de ses connaissances, note ses observations sur les nombreux accouchements qu’elle a pratiqués, donne des conseils d’hygiène, et insiste sur la nécessaire formation des sages-femmes.

Durant les XVIIème et XVIIIème siècles, les sages-femmes sont dénigrées, l’amalgame sage-femme /matrone est fréquemment utilisé au profit des chirurgiens accoucheurs. La toute-puissance des sages-femmes amorce son déclin.

Texte : Nathalie STRAUCH / Photos : Shutterstock

Le 12 novembre 1598, Louise Bourgeois obtient son diplôme de sage-femme, malgré l’opposition de ses condisciples qui considèrent qu’une femme de médecin est susceptible de s’entendre avec les médecins au détriment de sa propre corporation.