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La démarche interculturelle qu'Agnès Giannotti adopte naturellement dans son cabinet de la Goutte d'Or, à Paris, ainsi que l'écriture de livres directement inspirés d'éléments recueillis au fin fond du Sahel dans une Afrique rurale, font toute la singularité de ce médecin-écrivain-photographe. Femme-médecin ouverte sur le monde et la nature, Agnès répond à nos questions.
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De Paris à Bello-Tounga ; Agnès, médecin et auteur-photographe

La démarche interculturelle qu'Agnès Giannotti adopte naturellement dans son cabinet de la Goutte d'Or, à Paris, ainsi que l'écriture de livres directement inspirés d'éléments recueillis au fin fond du Sahel dans une Afrique rurale, font toute la singularité de ce médecin-écrivain-photographe. Femme-médecin ouverte sur le monde et la nature, Agnès répond à nos questions.

Talent_AG_2Agnès Giannotti, médecin généraliste, Paris 18e


La Rédaction de Femmes-médecins
Quel est votre parcours, comment êtes-vous venue à la médecine ?
Agnès Gianotti
Dans un premier temps je me destinais plutôt aux sciences de la nature, j'ai commencé par une classe préparatoire en agronomie. Puis, j'ai mis de côté ce domaine, du moins provisoirement, le destin m'a conduit vers la médecine. Immédiatement j'ai choisi d'être médecin généraliste car c'est l'approche globale qui m'intéresse. J'ai, par ailleurs, réalisé la moitié de mes stages en psychiatrie.
R.F.M.
Vous exercez à Paris, au cœur de la Goutte d'Or et vous publiez des livres sur l'Afrique, d'où vient cette vocation ?
Agnès Gianotti
J'ai d'abord exercé au Cameroun. Ce faisant, je me suis rendue à l'évidence : les pathologies ou troubles psychologiques ne s'y soignent pas de la même manière. Il n'y avait pas de connexion possible entre la médecine telle que je l'avais apprise en France et les besoins des patients, avec des problématiques de possessions par exemple. De retour en France, je me suis donc intéressée de près à la Tradi-médecine, notamment avec le Dr Moussa Maman Bello. Le couplage de la médecine traditionnelle africaine et de la psychanalyse permet de tisser un lien entre les deux cultures, africaine et française. Dans le cadre du suivi psychiatrique de patients atteints du sida, par exemple, nous avons fait intervenir des guérisseurs africains pour une prise en charge conjointe du patient, associant les deux cadres thérapeutiques en prenant en compte les codes liés à la culture africaine, tout en utilisant les outils offerts par la médecine occidentale, un échange d'une grande richesse pour les deux partis. Cette approche m'a permis de progresser et d'enrichir ma pratique et la façon d'aborder mes patients. Dans mon cabinet, au cœur du quartier africain de Paris, je mets tout en oeuvre pour que mes patients se sentent « chez eux », qu'ils ne ressentent pas d'étrangeté liée à la différence de leur culture, ils ne doivent pas se sentir « bizarres ». Les consultations sont sans rendez-vous, pour faciliter l'accès aux soins pour tous et les horaires sont adaptés à cette patientèle. Le guérisseur, ou médecin, a une place particulière, il doit y avoir un rapport de proximité, de confiance mutuelle, il faut pouvoir se dire les choses. C'est ce rapport que je cultive avec les patients, je leur demande des nouvelles de leur famille, je m'intéresse à eux, je ris avec eux,...

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R.F.M.
Votre connaissance et votre passion pour l'Afrique vous ont permis de réaliser quelques jolis ouvrages, à commencer par un livre de contes, Moi, Inoussa écogarde au Bénin, puis un livre sur les oiseaux d'Afrique comment avez-vous procédé ?
Agnès Gianotti
J'ai pris racine dans un petit village de pêcheurs du fleuve Niger depuis plus de trente ans. Accompagnée de mon ami, Inoussa, garde forestier j'ai parcouru les abords du fleuve Niger et le parc du W du Bénin. Ce recueil de nouvelles, je l'ai écrit à partir des histoires tirées de la vie quotidienne en Afrique de l'Ouest, qu'Inoussa me racontait le soir. Elles s'adressent à la fois aux enfants et aux adultes et sont imprégnées de traditions, de légendes, d'informations sur la nature : la savane, les oiseaux, les arbres, la saison des pluies..., tous ces sujets qui font la richesse du métier d'Inoussa. Inoussa me confiait récits, anecdotes, ressentis, moi je mettais tout cela en forme pour les transformer en petites histoires. Mon « rêve » : que ces petits livres soient un jour diffusés dans les écoles du Sahel, ce pourrait être un angle intéressant pour aborder des thèmes comme la déforestation, et tout simplement la nature en général. Pour ce qui est du livre sur les oiseaux d'Afrique : « Oiseaux d'Afrique : les plus belles histoires », il m'a fallu treize ans pour le réaliser, à raison de deux séjours par an en Afrique : à la saison sèche, en début d'année, puis à la saison des pluies, en été. Sans compter le temps passé à Paris, à compiler, trier, retoucher les photos. J'ai commencé simplement par regarder les oiseaux autour du village béninois où je séjournais, Bello-Tounga, puis je les ai pris en photo, grâce au zoom je voyais des oiseaux que je n'avais jamais vus avant, j'étais comme un chasseur à l'affût ! Au départ, aux abords du fleuve Niger, puis de plus en plus loin, j'ai rencontré une multitude d'espèces. J'ai interrogé les gens du village : les chefs du village, les enfants. Ils me racontaient les traditions et croyances autour des différentes espèces, et cela me donnait de la matière pour confronter ces histoires aux informations purement scientifiques. Même si les traditions se perdent, les gens du village vivent avec la nature et font donc perdurer ce rapport étroit à travers leur regard, leurs croyances.
R.F.M.
Quels sont vos prochains projets ?
Agnès Gianotti
Un projet de livre (photos et récits) autour des arbres : comment les guérisseurs les utilisent en tradi-médecine, recettes, mythologie... Chaque arbre a une personnalité, j'aimerais raconter l'esprit des arbres à partir des croyances et légendes collectées auprès des villageois et retranscrites sous la forme de petites nouvelles inventées. Par exemple, on dit du nénuphar qu'il représente la déesse de l'eau et que sa grande feuille en forme de nénuphar est son parapluie, j'aimerai tisser des fictions à partir de ce type de symboles, glaner des informations pour faire des nouvelles illustrées et partager encore une fois la tradition africaine via la nature. Ce livre est en cours de construction.

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R.F.M.
Pourriez-vous nous conseiller des références, auteurs ou autres pistes pour découvrir la culture africaine ?
Agnès Gianotti
Je n'ai qu'un conseil : allez-y ! Pour rencontrer l'Afrique, il faut y aller ! Il faut vivre avec les gens, parler avec son voisin. Il n'y a que comme ça que l'on apprend. Il faut regarder, observer, rester ouvert. En Afrique, les gens posent peu de questions, ils observent. Pour accéder à cette culture, comme d'ailleurs à toutes les cultures, il faut vivre avec, partager, observer, prendre le temps. Il ne s'agit pas de croire ou ne pas croire, par exemple les danses de possession, savoir si cela est « vrai » ou pas, nous devons faire attention à ne pas mettre dans des cases, juste accepter. Les africains parlent d'esprits, là où nous parlons d'inconscient. Chaque culture a ses référents.
R.F.M.
Merci Agnès pour cette invitation au voyage...

Propos recueillis par Virginie LEROY / Photos : Dr Anne Gianotti

 

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