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Patricia Mercier a fait de son métier sa passion. Elle s'est engagée, en tant que femme et professionnelle, pour faire reconnaître l'importance de la médecine générale dans le système de santé. Rencontre avec une femme généraliste mais aussi syndicaliste, professeur d'université et Présidente du Groupement des Professionnels de Santé du Pays Beaunois.
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Patricia Mercier, médecin généraliste à Beaune et syndicaliste

Patricia Mercier a fait de son métier sa passion. Elle s'est engagée, en tant que femme et professionnelle, pour faire reconnaître l'importance de la médecine générale dans le système de santé. Rencontre avec une femme généraliste mais aussi syndicaliste, professeur d'université et Présidente du Groupement des Professionnels de Santé du Pays Beaunois. 
La Rédaction de Femmes-médecins
Pourquoi êtes-vous devenue généraliste ?
Patricia Mercier
Je suis devenue médecin par hasard. En 1968, à 17 ans, je me suis inscrite en faculté de médecine sur les conseils de mon père malade et très marqué par sa relation avec un médecin. J'étais à la faculté de Bobigny ; l'objectif du doyen était de « fabriquer des généralistes ». Un signe. Je me suis installée à Beaune en 1979, en association avec un autre médecin mais je me suis aperçue qu'il me cantonnait dans un rôle de bouche-trou. Je me suis alors installée seule. Mon travail est devenu plus intéressant et varié ; j'ai découvert les gens malades, les gens âgés. Étant alors la seule femme généraliste sur Beaune, j'ai fait beaucoup de gynécologie, de contraception, entre autres avec des femmes maghrébines. J'ai plaisir à voir comment vivent les gens. Être en prise directe avec leurs problèmes, voilà ce qui me passionne. En fait, je suis bien plus intéressée par l'humain que par la technique. L'expérience de la recherche d'une installation, puis la rupture avec mon associé m'ont fait saisir que la médecine générale était peu considérée et que le monde médical était machiste : deux choses qui se sont confirmées par la suite.
R.F.M.
Qu'avez-vous alors fait pour essayer de mieux faire reconnaître les généralistes ?
Patricia Mercier
Je me suis engagée au niveau syndical, à la Fédération des Omnipraticiens Français. Je me retrouvais totalement dans leurs revendications pour faire reconnaître la médecine générale comme un maillon essentiel pour la santé de la population, alors que le système, organisé autour de l'hôpital, délaissait la médecine de base. En 1982, les généralistes n'ont plus accepté ce manque de reconnaissance de leur travail, y compris par les syndicats. Cela a causé une scission syndicale avec laquelle je me suis sentie profondément en accord. J'ai donc activement participé au mouvement qui a abouti à la création de la Fédération Française des Médecins généralistes (MG France) en 1986. En 1994, l'état impose les unions régionales de médecins libéraux. Je me suis présentée sur la liste MG France et je suis devenue présidente de la section des généralistes. J'étais la seule femme dans une assemblée de 30 personnes mais je ne me suis pas démontée. Mon cheval de bataille c'était la médecine générale et je suis allée au bout de mes idées dans un environnement hostile. Certains médecins hommes ont été très désagréables !

 

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R.F.M.
Comment avez-vous réussi à tout gérer de front ?
Patricia Mercier
Je ne me suis pas posé de questions ; je faisais, j'étais organisée. J'ai géré mes activités syndicales, mon métier de généraliste, ma vie de famille puis ensuite la formation pour les généralistes. J'ai beaucoup travaillé mais avec plaisir et passion. Je gérais un emploi du temps important parce que j'avais une capacité de travail importante. Je commençais mes consultations tôt le matin et j'ai aussi milité pour que les activités syndicales aient lieu dans la journée et pas le soir. Toutes mes activités se nourrissaient l'une l'autre, dans la réflexion et dans l'action. Je m'organisais de mieux en mieux et développais mes compétences, en particulier l'écoute.
R.F.M.
Vous avez parlé de formation. Pourquoi vous êtes-vous engagée dans cette voie ?
Patricia Mercier
J'étais convaincue de la nécessité d'une formation spécifique à la médecine générale, qui s'est mise en place à l'université. La formation initiale et la formation continue en médecine générale représentaient pour moi le moyen de sortir du modèle hospitalier qui s'était imposé : les spécialistes enseignent la médecine, la hiérarchie est immuable (hommes, chefs de service et femmes, infirmières). Je me suis formée à la pédagogie, et j'ai accédé à un poste de professeure associée, malgré 2 handicaps : être femme et syndicaliste.
R.F.M.
Comment en êtes-vous arrivée à créer votre groupement de professionnels de santé ?
Patricia Mercier
En 1993, en plus de mon cabinet, j'ai commencé des consultations dans une antenne d'accueil médical où l'on soignait des gens en situation de précarité sans délaisser leurs problèmes sociaux. J'avais donc une expérience en médecine générale, en formation continue et une compétence d'organisatrice en lien avec la composante sociale. J'ai alors participé à des réunions dès 1996 à la mairie concernant les personnes âgées. Avec quelques collègues, médecins, pharmaciens, biologistes, nous avons eu l'idée de réunir les intervenants dans les soins primaires pour échanger et voir comment mieux travailler ensemble. 40 personnes étaient intéressées. Nous avons créé une association, pour avoir la structure juridique nécessaire à l'obtention d'un financement de projet d'amélioration de la qualité des soins sur notre secteur. Nous avons créé le Groupement des Professionnels de Santé en Pays Beaunois en 2002. Il est ouvert à tous les professionnels de santé, de plus en plus nombreux à y adhérer. Nous avons signé des conventions de coopération avec des structures sanitaires et sociales locales, pour décloisonner les secteurs médical/social et ville/hôpital conformément à notre approche : la santé (association biomédical/psychique/socio-environnemental) et non la maladie.

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R.F.M.
Comment fonctionne le groupement aujourd'hui ?
Patricia Mercier
Il comprend 13 personnes salariées. Nous touchons des subventions de l'état. C'est un véritable investissement en travail et en temps, pas du bénévolat. Nous nous occupons de la coordination des soins, et œuvrons en partenariat avec les services sociaux. Des gens nous appellent directement. Cela peut aussi être l'hôpital, quand par exemple une personne âgée isolée est hospitalisée. Nous intervenons alors avant sa sortie : une équipe évalue la situation avec tous les intervenants (patient, hôpital, médecin traitant) et déclenche un plan de prise en charge. Nous mettons en œuvre tout ce qui est possible pour que les soins soient assurés dans les meilleures conditions y compris dans les situations complexes. Par exemple, dans le cas de la personne âgée isolée, l'hôpital peut la laisser sortir mais on sait que, sans notre intervention, une nouvelle hospitalisation interviendra tôt ou tard. Dans notre groupement, nous sommes tous des soignants du domicile. Nous nous mettons au service des personnes (patients, famille), des professionnels de santé de ville, de l'hôpital, pour résoudre des situations auxquelles ils ne peuvent pas faire face seuls.
R.F.M.
La loi instituant des communautés professionnelles territoriales de santé a-t-elle changé quelque chose pour votre groupement ?
Patricia Mercier
La loi a changé les choses en accordant des moyens aux soins primaires et en formalisant les relations avec le Ministère de la Santé. Aujourd'hui, nous devons négocier avec l'administration, qui ne doit pas nous imposer sa façon de faire mais plutôt prendre en compte notre organisation adaptée à la réalité du terrain. La loi dit qu'on doit privilégier les initiatives locales, mais en réalité, la tentation est grande de parachuter un modèle venu d'en haut. C'est ce contre quoi nous devons lutter, et défendre nos positions qui sont des positions de réalité. Cela fonctionne sur mon territoire. En tant que présidente de mon groupement, je fais attention à ce que les jeunes professionnels du conseil d'administration soient informés sur le système de santé. Il faut aussi éviter l'affrontement direct : l'ARS est incontournable mais nous avons des arguments et nous pouvons les faire entendre !
R.F.M.
Merci Patricia d'avoir partagé avec nous votre engagement !
 

Propos recueillis par Nathalie Strauch / Photos : iStock

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