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Équilibre hormonal, périnée, contraception, grossesse, ménopause... Le Dr Carole Maître, gynécologue et médecin du sport à l'INSEP, aide les sportives de haut niveau à conjuguer performance et santé physique. Elle ouvre les portes de son cabinet à Femmes Médecins.
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Carole Maître, la gynécologue des championnes

Équilibre hormonal, périnée, contraception, grossesse, ménopause... Le Dr Carole Maître, gynécologue et médecin du sport à l'INSEP, aide les sportives de haut niveau à conjuguer performance et santé physique. Elle ouvre les portes de son cabinet à Femmes Médecins.

Dr Carole Maître, gynécologue et médecin du sport à l'INSEP.


La Rédaction de Femmes-médecins
Comment vous êtes-vous retrouvée à l'INSEP ?
Carole Maître
À la fois par hasard et parce que mon attachement à la médecine du sport appliquée à la gynécologie m'a menée là. J'ai d'abord eu un parcours médical classique : après un internat en gynécologie, je me suis intéressée à la prise en charge globale des patients et j'ai travaillé deux ans dans le domaine des maladies systémiques en service de rhumatologie à Cochin. J'ai découvert la biologie et la médecine du sport, et les spécificités de la pratique physique chez les femmes m'ont passionnée. J'ai alors effectué un stage à l'INSEP... et j'y suis restée en tant que gynécologue-médecin du sport !
R.F.M.
Consacrez-vous aux grandes sportives l'essentiel de votre pratique ?
Carole Maître
Au départ, c'était une demi-journée, puis un jour par semaine. Et puis, avec la reconnaissance grandissante des besoins spécifiques des sportives de haut niveau, associée à des besoins plus importants en matière de santé notamment gynécologique, je travaille aujourd'hui à temps partiel. Mais mes journées ne se résument pas aux consultations de sportives, ou d'anciennes sportives qui reviennent, par exemple, pour un suivi de grossesse. Mon engagement se complète avec l'information, la participation à la formation des entraîneurs, des cours de médecine du sport pour mes consœurs et confrères. Je participe aussi aux travaux de recherche et aux essais cliniques menés à l'INSEP, ainsi qu' aux congrès de médecine du sport. Et depuis janvier 2017, je suis médecin fédéral national de la Fédération française de lutte. Cela peut paraître beaucoup pour une seule personne mais toutes mes activités me passionnent.

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R.F.M.
Suivre des sportives de haut niveau, est-ce vraiment un autre monde ?
Carole Maître
Le suivi gynécologique des sportives de haut niveau qui s'entraînent à l'INSEP est identique à celui de toute femme et, en même temps, très spécifique. L'adaptation est un mot-clé ! Une judoka n'a pas les mêmes problématiques qu'une gymnaste ou qu'une athlète de triathlon... il y a ainsi à prendre en compte les spécificités de chacune. Ainsi, quand une sportive souhaite prendre une contraception, je me base sur ses besoins de contraception facile et efficace : si elle est souvent en déplacement, j'évite de lui proposer la pilule, du fait des difficultés de prise régulière. J'évalue aussi les bénéfices secondaires attendus, comme l'absence de règles, parfois demandée par les sportives, la réduction du syndrome prémenstruel et des dysménorrhées... Mais aussi la gestion de la prise de poids ! Nous en discutons toujours pour comprendre ce qui lui conviendra le mieux. Et quand une sportive est enceinte, là encore, le suivi est adapté. On tâche de permettre la continuation d'un entrainement programmé pour favoriser la reprise, si la sportive le souhaite. Bien sûr, si elles font du trampoline, ou un sport traumatisant, on n'a pas le choix, leur pratique de compétition sera remplacée par une activité physique adaptée... Au final, on fait en sorte qu'elles conservent un exercice physique adapté et encadré : ça n'a que des avantages, en particulier sur le moral !
R.F.M.
Quels sont les points de vigilance spécifiques aux sportives ?
Carole Maître
D'abord, leur dépense énergétique est souvent très importante et peut être incomplètement compensée par les apports nutritionnels, surtout dans les sports dits "minceur" (gym, danse...) ou les sports à catégories de poids (judo, par exemple). Or, si leur masse grasse passe sous la barre de 16-18 %, il en résulte une "mise au repos" des ovaires et un déséquilibre des hormones féminines entraînant aménorrhées, cycles à rallonge ou irréguliers, prise de poids avant l'arrivée des règles... Tout cela peut retentir négativement sur leur performance sportive et leur faire courir un risque accru de fractures de fatigue. Mon second cheval de bataille, c'est l'importance du travail musculaire du périnée. Si le plancher pelvien est faible, à plus forte raison chez une femme ayant de très bons abdominaux, des problèmes de fuites urinaires peuvent survenir. C'est une problématique insuffisamment connue et traitée, même si la sensibilisation des sportives et de leurs entraîneurs commence à donner des résultats, avec un travail des abdominaux moins à risque et en privilégiant le gainage.

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R.F.M.
Dans quel état d'esprit vos patientes se présentent-elles à votre cabinet ?
Carole Maître
J'ai de la chance ! Les sportives se connaissent généralement bien, savent ce dont elles ont besoin et dialoguent volontiers. De plus, elles sont attentives aux conseils et n'hésitent pas à me joindre en cas de question. Elles savent que leur performance va de pair avec leur santé, y compris gynécologique.
R.F.M.
Vous-même, pratiquez-vous un sport ?
Carole Maître
Et même plusieurs, quand je le peux ! Tous les médecins à l'INSEP sont sportifs. Pour nous, comme pour tout le monde, c'est la meilleure façon de décompresser et de rester en bonne santé. De toute façon, je ne m'imagine pas sédentaire, j'ai toujours aimé le sport (équitation, natation, tennis, course à pied). Je n'aurais peut-être pas choisi cette voie, sinon. Le problème est de concilier toutes ces activités. Pendant un moment, j'avais dû arrêter faute de temps : je me suis organisée à nouveau afin de me dégager des créneaux pour pratiquer. Nous sommes amenés à planifier nos séances d'entrainement avec la même exigence que notre planning de consultation pour garder une pratique régulière. J'ai repris la natation, une fois par semaine, et plus récemment le footing, trois fois 40 minutes par semaine. Bouger, ce n'est pas difficile et ça fait tellement de bien !

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R.F.M.
Merci Carole !

Propos recueillis par Alexandra CAPUANO / Photos : iStock

« INSEP, terre de champions ! »

L'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance, installé au cœur du Bois de Vincennes, est le « must » du sport de haut niveau dans plus de 24 disciplines en France. Cet internat d'excellence rassemble toutes les conditions propices à l'accompagnement des sportifs. On y trouve notamment un centre de santé médical et dentaire, proposant des consultations avec des médecins généralistes et spécialistes du lundi au vendredi, de 9h à 18h. C'est au sein de ce centre qu'exerce le Dr Carole Maître, gynécologue et médecin du sport.