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Corinne Gonet est urgentiste à Bordeaux. Mais elle exerce aussi à Londres et en Corse. Elle est également investie avec son mari dans leurs vignobles de Pessac Léognan. Et elle trouve le temps de courir... Beaucoup ! Car courir représente aussi l'urgence de la vie. Rencontre avec une femme passionnée et passionnante qui croque la vie à pleines dents.
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Corinne Gonet : urgentiste... mais pas seulement !

Corinne Gonet est urgentiste à Bordeaux. Mais elle exerce aussi à Londres et en Corse. Elle est également investie avec son mari dans leurs vignobles de Pessac Léognan. Et elle trouve le temps de courir... Beaucoup ! Car courir représente aussi l'urgence de la vie. Rencontre avec une femme passionnée et passionnante qui croque la vie à pleines dents.

La Rédaction de Femmes-médecins
Comment et pourquoi êtes-vous devenue médecin ?
Corinne Gonet
J'ai eu mon bac à 16 ans. J'aurais aimé devenir astronaute ou pilote... Mais étant trop jeune, mes parents m'ont demandé de faire une première année de faculté. Et ce fut en médecine. J'y suis restée ! Dès ma troisième année, j'ai commencé à travailler ; j'effectuais des rapatriements sanitaires pour Axa. Puis je suis partie aux États-Unis avec le programme Erasmus. Dans ces conditions, passer l'internat était compliqué, ayant manqué plus de huit mois de « conférences ». J'aurais aimé devenir chirurgienne ou anesthésiste. Finalement, je suis devenue urgentiste, car il faut principalement agir et vite ! J'exerce en région bordelaise et aussi en Corse, où l'on doit s'adapter à toutes situations ; et j'ai une passion pour ces paysages époustouflants. Les Corses sont si attachants. Là-bas, les patients que je rencontre sont vraiment malades. Pas des bobos ; de vraies maladies. Quand on est urgentiste, on est très mauvais généraliste car on a tendance à ne pas trouver les pathologies bénignes graves... Et la Corse est un endroit magique si on se fait adopter. Enfin, j'exerce à Londres. Il y a quelques années, nous y avons déménagé pour raisons familiales. Au bout de trois mois, je m'ennuyais alors j'ai passé des équivalences et j'ai travaillé. En Grande-Bretagne, il faut se remettre à niveau tous les ans, c'est « l'apraisal » ; ainsi je continue à y aller pour ne pas perdre mes acquis. J'y travaille comme staff bank member, soit medecin agréé pour un hôpital comme personnel de confiance. J'aime travailler à Londres ; les patients respectent les médecins, ils leur font confiance et ne les harcèlent pas. En France, c'est différent. Certains patients veulent des médicaments ou des arrêts de travail. Ils ne respectent pas le corps médical. Ils veulent juste qu'on leur donne ce qu'ils demandent car ils disent avoir tous les droits. Il semblerait qu'ils aiment être malades. La médecine, c'est mon métier, c'est un art et le vin est aussi un art. Je continue à être médecin car c'est une merveilleuse aventure humaine malgré tout. Reprenons la définition de la passion. Passion provient du latin patior, pati, et homonyme grec pathos, signifiant la souffrance, ... par laquelle l'esprit affirme une augmentation ou une diminution de la force d'exister de son corps. Donc la médecine ne peut qu'être passion et les médecins ont la passion de guérir. J'ai donc la passion de l'urgence et l'urgence de la vie passionnée. Comme disait Voltaire : « L'Art de la médecine consiste à distraire le malade pendant que la Nature le guérit ! ».

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R.F.M.
La viticulture est-elle également une passion ? Pourquoi vous y êtes-vous intéressée ?
Corinne Gonet
Mon mari est originaire de Champagne et il est viticulteur. Je me suis intéressée aux vins et aux vignobles grâce à lui. En 1998, nous avons repris ensemble le Château Haut Bacalan à Pessac, qui avait été laissé longtemps à l'abandon. Ce château a été la première propriété de Montesquieu. Le vin que nous y produisons invite certainement à devenir philosophe. J'aime à dire que c'est un « medicalent », mi-boisson des Dieux, mi-médicament pour le coeur car nous sommes installés en face de l'hôpital cardiologique. Puis nous avons repris le Château d'Eck en 1999. Au Château Haut Bacalan, nous avons replanté les vignes et avons eu notre première récolte en 2001. Nous avons commencé avec 3 cuves. J'ai alors voulu en savoir plus sur la viticulture et j'ai passé un brevet professionnel BPA viticole. Ce sont les seules études vraiment intelligentes que j'ai faites car on devait tous progresser ensemble. J'étais avec des adultes qui avaient arrêté l'école en 3ème. Je leur donnais des cours de maths et physique et eux me montraient comment tailler la vigne. Moi, je réfléchissais trop ; eux, ils étaient plus directs, ils allaient plus vite et à l'instinct. Ils m'ont appris à lâcher prise pour avoir une taille efficace. J'ai aussi travaillé dans les chais, à la vinification ; c'est comme prendre soin d'un malade en réanimation, il y a la température, la bandelette à Ph... etc. J'aime le Pessac-Léognan. C'est un vin élégant et racé. J'ai également suivi des cours de dégustation. Aujourd'hui, je suis au Conseil d'Administration du syndicat des vins de Pessac-Léognan. Je m'occupe plutôt de la promotion des vins ; je me déplace partout pour en parler. Je rentre ainsi de Hong-Kong, où nous avons animé « Wine and Dine Festival ».

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R.F.M.
Voyez-vous des similitudes entre médecine et viticulture ?
Corinne Gonet
C'est drôle, lorsque je suis à l'hôpital de Bordeaux, je vois les vignes de la propriété... Oui on peut dire qu'il y a des similitudes. Je pense que mes passions sont entremêlées. On élève son vin et on s'en occupe un peu comme on est sensé soigner ses patients. Au Château Haut Bacalan, nous organisons aussi des colloques vin et santé, avec des participants du monde entier. Notre message, c'est que le vin fait du bien. Nous voulons sortir du message négatif sur les effets de l'alcool pour montrer que le vin aide à soigner le corps et l'esprit.
R.F.M.
Comment trouvez- vous le temps de faire du sport ?
Corinne Gonet
J'ai toujours été sportive. Mes éléments favoris sont l'eau et la neige. J'adore ça ! Dès que je peux, je vais dehors. J'ai parcouru le monde en étant médecin de plongée et j'ai beaucoup plongé moi-même. Puis j'ai failli mourir en Martinique. Maintenant je me contente le plus souvent du snorkeling (1) ou d'un masque et d'un tuba. Et depuis quinze ans, je cours. J'ai arrêté de fumer. Avant, je courais tous les matins. J'emmenais mes chaussures partout avec moi. Maintenant, je suis un peu moins courageuse. Je cours 2 à 3 fois par semaine seulement. Depuis trois ou quatre ans, je fais partie de l'assistance médicale du Marathon des Sables au Maroc. Les coureurs effectuent un marathon par jour pendant une semaine dans le désert. Ils courent 280 km en autosuffisance, « beyond their limits ». Cela m'a donné des idées.... Avec trois infirmières, nous avons formé une équipe « les Ubicornes » et nous nous sommes inscrites à l'édition 2017 du Half Marathon des Sables à Fuerteventura. Nous pensions faire seulement 130 km. Mais cette épreuve, ce n'est pas du jogging, beaucoup plus de l'ultra-trail (2). Fuerteventura est aux Canaries et la zone est accidentée. Nous courions dans les rochers et les cailloux, avec des dénivelés de 1800 m, le tout avec un sac à dos de 10 kgs. En plus il fallait faire 7 kms pour atteindre le point de départ. Je pense que nous avons parcouru 170 km finalement. Nous n'étions pas préparées à cela. Dès le premier jour, deux personnes de notre groupe ont abandonné. Nous nous sommes retrouvées à deux avec une pénalité de deux heures. Le soir, les autres participants de notre cercle s'enfermaient dans leur tente ou méditaient. Il y avait peu d 'échange. Cette course a été vraiment dure, plus dure que ce que je pensais. Je l'ai finie, j'en suis contente mais je pensais avoir des frissons en passant la ligne d'arrivée. En fait, j'étais en colère. Nous étions parties à quatre pour faire une course entre copines et nous nous sommes retrouvées sur quasiment un ultra-trail. Nous n'étions pas prêtes... La colère m'a aidé à avancer. Je me disais : j'ai fait encore un pas. Dernièrement j'ai revu un reportage sur l'avion perdu dans la Cordillère des Andes dans les années 70. Deux des survivants sont partis à pied chercher les secours. Ils expliquaient justement qu'ils ne pensaient à rien d'autre, juste au pas supplémentaire qu'ils venaient d'effectuer. J'étais comme eux. Je n'avais pas d'autre objectif que de faire une foulée de plus. Je pensais aussi à la cause pour laquelle je courais. Je me suis engagée pour l'endométriose, parce que je pensais qu'il me fallait une vraie bonne raison pour aller au-delà de mes limites. Lorsque j'étais trop fatiguée, je pensais à cela. (1) Le snorkeling est une randonnée sous-marine avec masque, tuba et palmes. (2) L'utra-trail est une course à pied en milieu naturel sur une très longue distance. 

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R.F.M.
Avez-vous d'autres projets sportifs ?
Corinne Gonet
Je suis rentrée du Half Marathon des Sables Fuerteventura le 1er octobre. Avec les trois autres personnes de mon équipe, nous avons décidé de nous réinscrire à la prochaine édition de septembre 2018. Mais cette fois-ci, nous allons nous préparer correctement, peut-être en faisant le GR20 en Corse. Depuis le temps que je vais chercher des gens en difficulté sur ce GR, j'ai vraiment envie de le faire. En mars prochain, je repars aussi sur le Marathon des Sables, mais cette fois encore dans l'assistance médicale.

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R.F.M.
Comment faites-vous pour gérer toutes vos activités ?
Corinne Gonet
Je pense qu'il faut être désorganisée comme je le suis ! On m'appelle « lastminute.com ». Et puis, tout est imbriqué dans ma vie. Je voyage partout et j'adore cela, je fais des rencontres. En fait, je ne cloisonne rien. J'ai une vie foisonnante, où il se passe toujours quelque chose, et toujours très vite comme s'il y avait une urgence. J'aime être dans cet éternel tourbillon. Je mène une vie aventureuse et je suis une femme d'émotions urgentes. Je cours après la vie pour ne pas être rattrapée par la mort... Merci Corinne, de nous avoir fait partager vos multiples passions et votre enthousiasme !
R.F.M.
Merci Corinne !

Propos recueillis par Nathalie Strauch / Photos : Getty Images

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