Retour
On estime qu'à 18 mois, un enfant est capable de produire mentalement des images. Pour que ces images deviennent mémoire, il va falloir qu'il acquière la capacité d'établir des liens entre elles.
enfants-memoire_visuel01
© iStock

Les jeunes enfants et la mémoire : les cartes mentales, clés de l'apprentissage

On estime qu'à 18 mois, un enfant est capable de produire mentalement des images. Pour que ces images deviennent mémoire, il va falloir qu'il acquière la capacité d'établir des liens entre elles. Depuis l'Antiquité, l'on sait que la mémoire est connexion. De récents travaux de psychologie, appelés cartes mentales ou heuristiques, remettent au goût du jour ces méthodes d'apprentissage révolutionnaires.

Différents types de mémoire, différents types d'apprentissages

La mémoire construit des ponts. Elle est le processus qui établit le lien entres les images ou sensations perçues puis retenues par notre cerveau afin de les réactiver pour en tirer une expérience (apprentissage) ou pas (émotions). Il existe plusieurs types de mémoire, et toutes ne sont pas acquises en même temps. La mémoire procédurale est souvent la première.

Il existe plusieurs types de mémoire, et toutes ne sont pas acquises en même temps.

C'est à elle que l'on doit notre motricité et l'évolution de l'habileté. La mémoire épisodique, qui se développe avec l'apprentissage du langage, a pour but de nous permettre de nous souvenir des événements et de leur déroulement dans le temps. Enfin, la mémoire de travail nous permet de retenir une information et de la réutiliser en temps voulu. Tout apprentissage est donc basé sur la mémoire. L'expérience n'a d'autre but que de constituer la matière mémorielle, terreau de l'autonomie de l'enfant.

enfants-memoire_visuel02© iStock

Langage = mémoire ?

Il est difficile de savoir si la mémoire existe indépendamment du langage. Et l'on a tendance à penser qu'avant de parler les enfants n'ont pas de souvenirs.La recherche en neuroscience actuelle penche néanmoins pour une réponse positive à cette question. L'étude de cas d'aphasiques et notamment leur questionnement après qu'ils aient recouvré la parole a permis de démontrer que la pensée persiste sans le langage. La recherche actuelle penche pour l'existence dans le cerveau de concepts universels qui soutiennent la pensée.

Pour Wittgenstein dans Investigations philosophiques 67, le concept revient à chercher un air de famille entre des éléments.

La pensée et la mémoire peuvent fonctionner par association de symboles. Pour Wittgenstein dans Investigations philosophiques 67, le concept revient à chercher un air de famille entre des éléments. Or c'est exactement comme cela que fonctionne la mémoire. Elle construit des familles mentales que chacun d'entre nous organise suivant son expérience. L'aphasique perd le mot, pas le concept. Or le mot n'est qu'une sorte de symbole parmi d'autres. Un outil développé par l'esprit humain pour rendre l'apprentissage rapidement mobilisable et plus facile à transmettre. Le langage nous permet de stocker, classer et restituer nos souvenirs. Il étoffe la mémoire, il n'en est pas la racine.

Faire grandir sa mémoire : de l'Ars Memoriae au Mind Mapping

Depuis l'Antiquité, la méthode des « Loci » (lieux) est utilisée pour mémoriser d'importantes suites de texte ou de chiffre.

Depuis l'Antiquité, la méthode des « Loci » (lieux) est utilisée pour mémoriser d'importantes suites de texte ou de chiffre. De Rome à la Renaissance, orateur et hommes d'Église y puisent leur incroyable capacité à mémoriser. Elle se base sur la projection mentale d'une architecture qui permet d'ordonner ce que l'on veut retenir. La méthode consiste à utiliser (par projection mentale) un lieu que l'on connaît parfaitement pour déposer dans chacune des pièces une image, un symbole qui correspond à ce que l'on veut retenir. La méthode, citée par Cicéron dans le De Oratore, et nommée « Palais de la mémoire » au XVI ème siècle a pour but de marquer l'esprit par des images saisissantes ordonnées dans un lieu connu. Elle s'appuie sur la capacité innée de la mémoire à faire des liens, entre les symboles, entre les pièces du lieu choisi, entre les textes, concepts ou idées à retenir.

enfants-memoire_visuel04© mindmapping.com

La carte mentale pour trouver le trésor de la connaissance

Les enfants y sont spontanément réactifs puisque c'est de cette manière que fonctionne naturellement leur esprit.

Dans les années 70, le psychologue anglais Tony Buzan a remis au goût du jour une méthode assez similaire qui rencontre aujourd'hui beaucoup de succès : Le mind mapping (cartes mentales ou heuristiques en français). Fort de l'idée qu'un concept est toujours le produit d'association dans le cerveau, il a développé une méthode d'apprentissage et de renforcement de la mémoire qui consiste à développer sa pensée sous forme de cartes aux trésors ou d'arborescences. Les enfants y sont spontanément réactifs puisque c'est de cette manière que fonctionne naturellement leur esprit. Pour Tony Buzan, un dessin ou une couleur valent souvent plus qu'un mot et les enfants (comme les adultes) sont invités à projeter sur le papier la pensée telle qu'elle fonctionne réellement. L'esprit ne fait pas de listes. Il n'ordonne pas de façon logique. C'est le langage qui nous en donne l'illusion. En réalisant des cartes, les enfants trient les informations tout en les connectant entre elles. Ils ne stockent que ce qui est absolument nécessaire à leur cerveau. Leur esprit n'est plus encombré, ils redeviennent maîtres de leurs expériences et parlent un langage qui leur est naturellement compréhensible. La mémoire est la clé de l'apprentissage. C'est grâce à elle que nous sommes capables de nous adapter à notre environnement. Or c'est de cette adaptation que dépendent l'autonomie de l'individu et sa capacité à devenir adulte. Exercer sa mémoire c'est avant tout apprendre à vivre.

enfants-memoire_visuel03© Shutterstock

Laëtitia Colonna