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La fameuse devise des pompiers "Sauver ou périr" est le titre du nouveau film de Frédéric Tellier, dans lequel Pierre Niney incarne un jeune pompier, passionné et Anaïs Demoustier, sa jolie compagne. Une drame survient, leur vie bascule, que nous dit le film de la capacité à se relever ? Regards croisés de Frédéric Tellier, Pierre Niney et Anaïs Demoustier.
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Rencontre avec l'équipe du film "Sauver ou périr"

La fameuse devise des pompiers «Sauver ou périr» est le titre du nouveau film de Frédéric Tellier, dans lequel Pierre Niney incarne un jeune pompier, passionné et Anaïs Demoustier, sa jolie compagne. Une drame survient, leur vie bascule, que nous dit le film de la capacité à se relever ? Regards croisés de Frédéric Tellier, Pierre Niney et Anaïs Demoustier.

Vous racontez l’histoire de Franck, sapeur-pompier à Paris, qui, dans un incendie, est gravement blessé et perd notamment son visage et la perspective de continuer son métier, qui ressemblait fortement à une passion. Qu’est-ce qui vous a intéressés dans ce sujet ?  

Frédéric Tellier : En tant que scénariste d’abord, il y avait deux choses : je voulais raconter depuis longtemps une histoire d’amour, avec des moments très intenses. Et puis, j’avais aussi en tête de parler de la quête de l’identité, qui est un sujet qui m’obsède depuis très longtemps. Les choses se sont plus précisément mises en place quand j’ai eu connaissance d’histoires tragiques, de faits divers, qui sont arrivés à de vrais sapeurs-pompiers. Les planètes s’alignaient bien pour raconter une histoire autour de ce sujet. Un homme qui perdrait vraiment son identité, physiquement, au sens primaire et du coup qui devrait réapprendre à vivre, à se retrouver, à comprendre qui il est au fond et apprendre à s’en sortir, notamment au travers de son histoire d’amour. J’ai voulu montrer quelqu’un d’irréprochable, mis à l’épreuve par la vie et qui, d’un coup, sombre. Tout se fracasse, tout se démolit et il va falloir qu’il reconstruise tout. C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup, dans ce que j’aime aborder au cinéma.

Anaïs Demoustier : C’est l’aventure du héros déchu qui m’a intéressée. Un héros qui tombe. En tant qu’actrice, je me suis demandée ce qu’il y aurait à jouer. Et une histoire comme celle-ci, qui contient tant d’intensité, de drame et aussi de vérité car l’histoire est inspirée de faits réels, donne énormément de matière à jouer. Pour parler plus précisément de mon personnage, d’épouse de Franck, j’adore les personnages qui sont à côté, en décalage. Les gens qui observent les autres. Ce sont des personnages qui me fascinent. Je regarde souvent ceux qui sont dans l’ombre, ou plutôt pas complètement dans la lumière. Et je savais que dans le cadre de ce film-là, celui qui vit le drame c’est, apparemment, le personnage de Franck. Mais en réalité il y a des dommages collatéraux énormes pour les gens qui l’entourent : notamment sa femme et ses enfants. Je me demandais ce qu’elle vivait elle, comment on gère ce type de situation et les contradictions que ça implique : être à la fois aimante et vivre le cauchemar par procuration et tous les empêchements que ça engendre, les rêves brisés. La complexité de sa position m’intéressait.  

Pierre Niney : J’ai trouvé le scénario bouleversant, et je l’ai relu à chaque fois avec la même émotion. Avant même d’approcher leur vécu, j’ai été très touché par ces destins de sapeurs-pompiers et des accidentés de la vie en général. Des gens pour qui tout bascule. Il y avait aussi dans le scénario une vraie dimension universelle et une question passionnante : après un accident, et quelle qu’en soit sa gravité, comment se relever ? Comment réapprendre à vivre ? 

Pour approcher la réalité de la vie d’un sapeur-pompier, avez-vous été en immersion dans une caserne ? Puis ensuite dans la 2nde partie du film avez-vous suivi une équipe médicale ?

F.T. : J’ai beaucoup enquêté pendant plusieurs années, je suis allé voir des psychanalystes, médecins, psychologues, chirurgiens, etc. Et surtout des malades, des grands brûlés, des gens qui ont dû se réinventer pour retrouver un sens à leur vie, un chemin de vie à poursuivre. J’ai passé du temps dans une caserne de Pompiers de Paris. Pendant un an et demi, je les ai côtoyés. Les acteurs du film aussi. Mais ce n’est pas qu’un film sur l’univers des pompiers. Ce contexte m’a permis de montrer un personnage qui passe de la force à la fragilité. Ce film traite de la quête de l’identité avant tout. Et puis de la reconstruction physique et mentale. Il y a donc eu aussi un temps de recherches, de documentation dans les services hospitaliers qui traitent les grands brûlés. J’y ai rencontré et questionné les médecins, les patients, les psychologues, pour connaître leur démarche, leur quotidien, le contexte dans lequel ils travaillent. Cette histoire s’inscrit dans une réalité, elle est le fruit de plusieurs histoires que les grands brûlés ont pu me raconter.

A.D. : J’ai passé, entre autres, une journée à l’hôpital. J’ai été très surprise de l’accueil qui nous y était réservé. Ces gens soignent et ont une mission importante, urgente et malgré cela, ils nous accordaient du temps. C’était une expérience intense, difficile mais forte.  

P.N. : La préparation physique a été très importante : je voulais m’étoffer, changer de silhouette et faire ce que fait vraiment un pompier de Paris. Pour y parvenir, il n’y avait rien de mieux que de vivre avec eux à la caserne et d’être en immersion totale à la brigade des sapeurs-pompiers ! J’ai donc participé à la fameuse montée de planches, aux montées de cordes, au port du matériel, à l’entraînement quotidien... J’ai aussi travaillé avec un coach sportif et une nutritionniste : j’ai pris près de 9kg en muscles pour la première partie du film. Je devais ensuite les perdre le plus vite possible pour incarner l’après-accident.
L’autre partie de ma préparation a consisté à passer du temps au service des grands brûlés à l’hôpital Coubert et à l’hôpital Saint-Louis. Là, j’ai rencontré le Professeur Mimoun, spécialiste des grands brûlés et des greffes. Mon passage dans son service a été un moment très fort, un autre bouleversement. J’y ai bien sûr appris énormément de choses sur les grands brûlés mais j’ai aussi découvert ces héros anonymes dont on parle peu : les accompagnants, les infirmières, les médecins. Ce que j’aime aussi dans ce film, c’est qu’il rend hommage à toutes ces personnes qui tentent de relever ceux qui sont tombés. 

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La défiguration est comme une dépossession. La « reconstruction » du visage n’est pas une opération neutre. Elle vise le rapport au monde. Comment le personnage parvient-il à reconstruire, transformer son rapport au monde ?

F.T. : Franck est entouré, mais il a du mal à accepter que les autres continuent à l’aimer. Il pense au suicide etc. Puis se ressaisit, il est seul sur ce chemin de l’acceptation. Se retrouver nu, sans le rapport social, le paraître, les amis etc. et qu’est-ce qui reste ? Qui on est vraiment à l’intérieur, au fond, quand il n’y a plus les apparences ? Je n’ai pas les réponses à ces questions, c’est une quête perpétuelle chez moi, des questions existentielles qui m’obsèdent. Le personnage du film est dans cette quête, il est forcé de l’être. Sa situation extrême l’oblige à chercher ce que l’on ne cherche pas quand tout va bien, quand on est en bonne santé et qu’on vit une vie, qui paraît « normale », mais dont on ne mesure pas la richesse au quotidien.

Quant à la question de l’apparence, elle est importante. On cache ce qui sort de la norme, ce qui est abîmé, les personnes âgées, les gens malades, ceux à qui il manque un membre, etc. La société les met de côté, on refuse de les voir. Nous sommes conditionnés par l’aspect extérieur des choses, la beauté est normée, et ce, dès l’école. Alors que, naturellement, les enfants ne sont pas choqués de la différence, ils vont poser la question « pourquoi t’as pas de nez ? », mais d’une manière innocente et sans dégoût. Nous avons du mal, en tant qu’adulte, à avoir un regard neutre.

A.D. : Mon personnage « abandonne » Franck à un moment car elle ne peut plus rien faire pour lui, elle ne parvient pas à l’aider. En partant, elle le pousse, sans le vouloir ou sans en avoir conscience, à accepter la transformation. Mon personnage a accepté de ne plus être la femme d’un héros, à lui maintenant d’accepter de ne plus être un héros, dans l’espoir de le retrouver plus tard, différemment.  

P.N. : En effet le film pose la question passionnante de l’identité. Car nos visages sont la carte de nos vies. Cela hante le personnage. C’est ce qui fait dire à Franck : « Regarde mon visage, ce ne sont plus mes traits, il n’y a plus d’histoire là ». Comment affronter le traumatisme quand on ne se reconnaît plus dans une glace ? Qui est-on vraiment ? Qui est-on maintenant ? Ce questionnement sur l’identité me passionne en règle générale au cinéma, et le film de Frédéric l’interroge avec pertinence. Pour Franck, l’amour des autres, de sa femme, de ses filles et de sa famille est au cœur de sa guérison. Mais aussi l’amour que les infirmiers, les infirmières et les médecins peuvent avoir pour leur métier. Leur vocation à aider l’autre. L’aider à trouver la force de continuer, de se battre et de s’aimer à nouveau.

Le visage est le point de jonction entre l'intériorité et l’extériorité. Franck gagne-t-il en « intériorité » en perdant en extériorité ?  

F.T. : Oui ça se passe comme ça quand les choses évoluent bien. Hélas, il y a des histoires plus sombres. Mais oui, pour s’en sortir, on est forcé de chercher profondément en soi. Les grands drames souvent engendrent les grandes révélations. Et les plus grandes prises de conscience sont souvent le fruit d’une remise en question radicale : un accident, la perte d’un proche, un événement bouleversant, qui redistribue les cartes. D’ailleurs, la remise en question est salutaire. C’est une de mes grandes croyances, on devrait toujours se réinventer, se remettre en question, en amour, dans le couple etc. Les enfants nous aident à faire cela, on ne peut pas les surprendre deux fois avec la même réplique, il faut réinventer. C’est vrai dans toutes les relations, mais aussi vis-à-vis de soi-même, chercher, aller plus loin, remettre les choses en question.

A.D. : Quand les deux personnages se retrouvent apaisés, après que Franck a trouvé les ressources pour accepter sa nouvelle vie, on sent que leur couple va évoluer et se bâtir sur de nouvelles bases. Ils ne sont plus dans le schéma de vie du début, beaux, radieux et pleins de rêves. Leur couple va forcément être modifié, ils vont se réinventer. Franck sera plus attentif aussi à sa femme. On sent bien qu’il a pris conscience de la richesse de cette relation, de la chance qu’il a malgré tout, et que l’on ne voit pas toujours quand tout va bien. Elle lui dit qu’il est beau, et elle le pense, il a traversé un cauchemar mais il a trouvé une voie qui l’a fait grandir, qui l’a éclairé.

P.N. : Sûrement. Au début du film c’est un jeune homme dans la force de l’âge à qui rien ne résiste. Mais un spectateur m’a dit quelque chose l’autre jour, après une avant-première du film. Il m’a dit, « C’est peut-être bizarre mais j’ai finalement trouvé Franck encore plus beau à la toute fin du film qu’au début… ». C’est sans doute le plus beau compliment qu’on pouvait recevoir.

Quels films vous ont aidés, inspirés, donné de la matière pour construire le film / votre personnage ?

A.D. : Sur les conseils de Frédéric, j’ai regardé le film Love story, pour l’histoire d’amour. La beauté de ce couple jeune et radieux et le drame de la maladie ont été une belle référence.

F.T : Je suis attiré par les grandes histoires d’amour mais aussi par les films qui mettent à l’épreuve (mais qui se terminent bien), ancrés dans la réalité, comme Kramer contre Kramer, Johnny got his gun… par exemple.

P.N. : J’ai rencontré beaucoup d’infirmières, kinés, ergothérapeutes, médecins et pompiers qui m’ont énormément apporté par leurs témoignages. Notamment un ancien sapeur-pompier de Paris, victime d’un accident similaire qui m’a beaucoup inspiré. Un homme remarquable qui m’a bouleversé. Notamment au travers de la grande maturité et le sens de l’essentiel qu’il semble avoir retiré de son accident et de ces épreuves. Même si on en est loin, le traitement de la monstruosité dans le film Elephant Man me hantait. Né un 4 juillet avec Tom Cruise était une référence importante pour Frédéric, je l’ai donc également regardé plusieurs fois pour préparer le rôle.

J’ai voulu montrer quelqu’un d’irréprochable, mis à l’épreuve par la vie et qui, d’un coup, sombre. Tout se fracasse, tout se démolit et il va falloir qu’il reconstruise tout. Frédéric Tellier

Comment affronter le traumatisme quand on ne se reconnaît plus dans une glace ? Qui est-on vraiment ? Qui est-on maintenant ? Pierre Niney

Mon personnage a accepté de ne plus être la femme d’un héros. Anaïs Demoustier 

Propos recueillis par : Virginie LEROY / Crédit Photo : Benoît Rajau

Sortie en salle : 28 décembre 2018

L'interview et la prise de vue de l'équipe du film ont été réalisées au Cinéma Grand Action, Paris.