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Les objets connectés sont aujourd'hui une réalité et constituent un marché en plein essor. L'engouement pour ces technologies est si important aux USA qu'un tiers de la population y suit sa santé par le biais d'appareils connectés. En France, ils se démocratisent un peu plus chaque année et les ventes ne cessent de progresser. Ils seront, à coup sûr, le cadeau incontournable des fêtes de fin d'année. Plus qu'un effet de mode il s'agit d'une pratique répondant à l'esprit du temps : avoir le souci de soi pour rester en pleine santé car l'objet connecté permet littéralement d'être « à l'écoute de soi ».
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Objets connectés : quels bénéfices pour la médecine ?

Les objets connectés sont aujourd'hui une réalité et constituent un marché en plein essor. L'engouement pour ces technologies est si important aux USA qu'un tiers de la population y suit sa santé par le biais d'appareils connectés.
En France, ils se démocratisent un peu plus chaque année et les ventes ne cessent de progresser. Ils seront, à coup sûr, le cadeau incontournable des fêtes de fin d'année. Plus qu'un effet de mode il s'agit d'une pratique répondant à l'esprit du temps : avoir le souci de soi pour rester en pleine santé car l'objet connecté permet littéralement d'être « à l'écoute de soi ». 
 
Cette tendance a déjà un nom : le Quantified Self. Mesurer et garder en mémoire tout ce qu'un appareil est capable de capter dans notre corps. Jusqu'à présent nous ne pouvions que formuler subjectivement notre état physique général. Désormais, il ne s'agit plus simplement de savoir si nous nous sentons bien ou mal mais de passer d'une évaluation qualitative subjective à une mesure quantitative objective. La révolution numérique modifie, à coup sûr, le rapport que nous entretenons avec notre propre corps. Pour le meilleur ?

Les objets connectés : un inventaire à la Prévert

Le principe est toujours le même : un appareil de mesure est connecté à un smartphone ou à un ordinateur auquel il envoie automatiquement les informations collectées par ses capteurs. Leur numérisation permet de les stocker et de les partager en ligne avec ses amis comme avec son médecin. Mais là où le bât blesse, c'est qu'il n'est pas toujours facile de distinguer l'objet utilisé pour le bien-être du véritable dispositif médical. Juridiquement, la qualification d'un objet connecté en tant que Dispositif Médical dépend de l'usage prévu de l'objet : c'est sa finalité d'usage et la volonté du fabricant qui font d'un objet connecté un Dispositif Médical. Or, comme les démarches pour obtenir le marquage CE Dispositif Médical sont assez coûteuses, beaucoup de fabricants axent leur marketing sur l'usage grand public et bien-être plutôt que sur les qualités de prise en charge médicale que peuvent offrir ces dispositifs. Résultat, la frontière est floue, surtout que ces objets sont souvent pluridisciplinaires... Entre hygiène et santé véritable, il est de plus en plus difficile de faire la différence.
Entre hygiène et santé véritable, il est de plus en plus difficile de faire la différence.
  • Le bracelet connecté est incontestablement le hit de ces dernières années. Grâce à une autonomie sans cesse améliorée, il peut pratiquement se porter en permanence. Certains renseignent sur le niveau d'activité physique (nombre de pas ou de kilomètres parcourus, vitesse, estimation des calories brulées, etc.). D'autres peuvent mesurer l'exposition au soleil et vous indiquez le type de protection solaire à appliquer ou le moment opportun pour porter un chapeau. Enfin, il en existe pour mesurer les pulsations cardiaques ou la qualité des phases de sommeil.
  • La balance connectée, quant à elle, permet de suivre son poids et son indice de masse corporelle (IMC). Elle aide à se fixer des objectifs à atteindre et à mesurer les progrès accomplis. Certains modèles proposent même du coaching en ligne.
  • La brosse à dents connectée analyse et renseigne sur la façon dont on se brosse les dents : durée du brossage, zones moins bien nettoyées.
  • Les vêtements connectés intègrent des capteurs mesurant le rythme cardiaque. Résistants à la machine à laver, on peut aussi bien les intégrer aux bodys des nourrissons pour surveiller leur température ou leur respiration qu'au maillot d'un sportif désireux de mesurer ses indicateurs physiologiques.

 

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Pour l'instant, rares sont les objets connectés à fonction purement médicale. Il existe néanmoins déjà sur le marché des piluliers intelligents capables de déclencher une alarme, des tensiomètres connectés pour les hypertendus, des lentilles de contact pour diabétiques qui mesurent le taux de glucose dans les larmes, ou bien encore des capteurs multi-fonctions qui proposent des mesures multiples (température du corps, niveau d'hydratation, qualité du sommeil... 1). 
 
1 :  Le thermoPeanut de Sen.se permet de mesurer via des applications et une connexion Bluetooth une multitude de paramètre par l'intermédiaire d'un capteur à peine plus gros qu'une cacahuète. 

Bien-être et santé : des frontières toujours plus floues  

Finalement, rares sont les objets connectés qui dépassent la sphère du bien-être. La plupart n'ont pas d'autres prétentions que d'être de petits gadgets amusants qui suscitent l'émulation entre amis sur les réseaux sociaux où l'on s'affronte à coups de nombre de pas et de kilos perdus. À terme, ils devraient jouer un rôle important dans le monde médical en améliorant le suivi du patient, le partage de l'historique d'un traitement et un diagnostic plus précoce des pathologies. Nous n'en sommes pas encore là et les données collectées actuellement ne sont destinées qu'aux patients et non directement aux professionnels de santé, comme c'est le cas en télémédecine. Il est bien sûr possible de les transmettre à son médecin pour améliorer l'ensemble de la prise en charge, mais dans les faits, c'est rarement le cas.
La santé mobile affiche pourtant clairement son but : devenir un complément de la télémédecine.
La santé mobile affiche pourtant clairement son but : devenir un complément de la télémédecine. Nous en sommes encore loin et quand ce sera le cas, cela se fera au prix de l'intrusion d'un tiers entre le patient et son médecin. Et cela n'est pas sans conséquence ni difficulté. Les données de santé collectées doivent être stockées et conservées, alors même que l'obsolescence programmée de tous ces objets les rendent particulièrement dommageables au domaine médical. Ces données devront donc être conservées en ligne, sur des serveurs qui n'appartiennent pour l'instant, ni au patient, ni aux services publics de santé. 

Des bénéfices réels ? 

Aujourd'hui un diabétique doit mesurer plusieurs fois par jour son taux de glycémie. Cela l'oblige à tout noter sur un carnet en attendant de voir son médecin ou de le contacter si les résultats sont en dehors des valeurs normales. Non seulement, il y a là une contrainte qui peut s'avérer pesante mais, au bout du compte, la procédure demande du temps et ne permet pas forcément toute la réactivité souhaitable quand les résultats sont mauvais.
D'un côté, c'est la garantie d'un suivi régulier : le médecin est certain de disposer d'un suivi fiable pour connaître l'évolution de la maladie. De l'autre, cela facilite la vie du patient.
Avec un capteur connecté, il devient possible d'automatiser cette mesure régulière, de la stocker et de l'articuler à un système d'alerte envoyée directement au médecin. D'un côté, c'est la garantie d'un suivi régulier : le médecin est certain de disposer d'un suivi fiable pour connaître l'évolution de la maladie. De l'autre, cela facilite la vie du patient. Il n'a plus à s'astreindre chaque jour de mesurer son taux de glycémie et il devient beaucoup plus facile de mettre en place une hospitalisation à domicile, puisque le suivi automatisé des différents paramètres et leur transmission en temps réel à l'équipe médicale sécurisent son maintien à domicile. Apple est encore une fois le premier à prendre toute la mesure de cette révolution technologique. À la conférence des développeurs WWDC de 2014, la firme de Cupertino a annoncé la création d'une certification pour les objets connectés de santé : HealthKit. Il s'agit tout simplement d'un véritable carnet de santé en ligne qui permettra aux médecins d'accéder à toutes les informations sur l'état physique du patient. D'ores et déjà, les iPhones sont équipés d'une appli « Santé » qui permet de centraliser : mesures d'activité, quantités d'aliments consommés, temps de sommeil mais aussi toutes les mesures effectuées via un objet connecté (glycémie, alcoolémie, volume expiratoire forcé, saturation en oxygène, etc.). On peut même y rentrer son temps quotidien de méditation pleine conscience ! Surtout, on peut y stocker tous ses dossiers médicaux. Reste qu'Apple a rarement les mains propres en matière de protection des données...
 
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Quand la santé devient une obsession

L'utilisation d'un objet connecté de santé a quelque chose de paradoxal. Sa principale fonction est de faciliter la vie du patient et le travail du médecin, malheureusement ce petit effort quotidien peut rapidement devenir une obsession. Tout notre activité quotidienne peut-être mesurée, stockée et modélisée de manière à nous alerter quand nous ne mangeons pas bien, quand nous ne dormons pas suffisamment ou lorsque nous sommes en déficit d'activité physique. L'appareil qui centralise ces données peut rapidement constituer une intrusion récurrente dans notre quotidien. L'anthropologue Natasha Dow Schüll s'intéresse au contrôle de soi via la technologie. Elle a étudié ce que les américains appellent le Quantified Self, à savoir l'utilisation d'objets technologiques qui promettent aux utilisateurs de les aider à modifier leurs comportements. De la fourchette qui vibre quand on mange trop rapidement à l'application qui vous rappelle quand vous devez vous hydrater, ces objets quantifient notre activité et finalement tendent à normer nos comportements. Pour la chercheuse 2, une « technologie comportementale » fondée sur des mesures quotidiennes présente des dangers pour l'utilisateur : cette intrusion dans le quotidien peut être génératrice de stress, d'infantilisation voire d'une réelle angoisse de la collecte des données.
Si les objets de santé connectés sont utilisés comme des moyens de nous transformer en un moi idéal, ils deviendront à coup sûr aliénants.
Dans un autre article intitulé « Les angoisses cachées de la mesure de soi » la chercheuse Candice Lanius, confirme ce constat en étudiant le cas d'une femme, Candice, qui utilise plusieurs applications de mesure de soi. Passé l'enthousiasme du début, elle se rend progressivement compte de l'impact que ces mesures quotidiennes ont sur sa vie. D'abord, elles sont chronophages : elle passe jusqu'à vingt minutes par jour à informer ses différentes applications, ce qui devient vite une astreinte ennuyeuse. Mais surtout, elles sont stressantes : dès que l'on n'a pas la possibilité de rentrer une donnée précise, l'inquiétude gagne et l'utilisateur sent vraiment le poids d'une force qui vient s'exercer sur ses habitudes. L'anxiété qui gagne Candice vient de son incapacité à transférer des données précises dans l'application alors qu'elle se sent obligée de le faire. « Sans mesures fiables et complètes, comment pourrais-je devenir la version idéale de moi-même ? » se demande-t-elle. Et c'est bien là tout le problème : si les objets de santé connectés sont utilisés comme des moyens de nous transformer en un moi idéal, ils deviendront à coup sûr aliénants. Comme tout outil de mesure, il va falloir apprendre à les utiliser. Comme toute technologie, il va falloir la soumettre à nos besoins, la dominer pour ne pas qu'elle nous domine. Il est encore trop tôt pour répondre à ces interrogations mais une chose est sûre, ces données ne sont certainement pas à mettre entre toutes les mains. 

Des données sensibles

Ce moyen de recueillir les informations est incontestablement utile et pratique. Mais qu'en est-il du secret médical ? Que dire également de l'absence d'un regard professionnel et médical pour analyser ces données ? Quelle société est en mesure de stocker ces données tout en nous assurant de ne pas chercher à en tirer un bénéfice commercial ? On peut aisément imaginer les difficultés que ce phénomène va engendrer : de la mauvaise interprétation aux crises d'hypocondrie, sans oublier toutes les convoitises suscitées par cette mine d'information (publicité ciblée et compagnies d'assurance...).
L'utilisation des données collectées risque de rapidement dépasser le cadre de l'information du patient et de son médecin si nous n'y prenons pas garde.
L'utilisation des données collectées risque de rapidement dépasser le cadre de l'information du patient et de son médecin si nous n'y prenons pas garde. Car pour les sociétés qui les recueillent, elles constituent une incroyable opportunité d'en apprendre beaucoup sur leurs clients et d'optimiser le rendement de certains produits. Les Big Data sont le moyen idéal d'identifier les personnes à risque. Les appareils connectés qui mesurent la glycémie par exemple, pourraient à terme contribuer au pointage d'individus susceptibles de développer du diabète ou de faire un infarctus... Ces dangers doivent cependant être relativisés. La France est dotée d'un des meilleurs systèmes de protection des données médicales : il impose l'agrément de la CNIL et du ministère de la Santé à toute société qui souhaiterait stocker ces informations. De plus, le ministère des Affaires Sociales et de la Santé a créé en 2013 une Commission Open Data Santé associant les producteurs de données de santé, des représentants des patients et usagers, des chercheurs et universitaires, des professionnels de santé, des représentants d'établissements de santé et des industriels. Le but : produire une analyse sereine et concertée de l'accès aux données de santé. À terme, il s'agira de faire clairement la distinction entre les données anonymes ouvertes à tous et « les données directement ou indirectement nominatives qui ne sauraient être rendues accessibles en dehors d'un cadre juridique et technique précis. » Le gouvernement a annoncé en février 2015 qu'il comptait faire voter une loi sur le droit à l'oubli des malades qui guérissent d'un cancer afin d'éviter toute discrimination face aux banques et aux assureurs.

Les risques du piratage

Les cyberattaques sont de plus en plus nombreuses, notamment du côté du monde de la santé. En décembre 2016, Marisol Touraine a dévoilé un plan de renforcement de la sécurité des établissements en question. Ce plan « énonce les actions prioritaires à mettre en place » dans un délai allant de six mois à un an et demi, par les hôpitaux, les cliniques, les maisons de retraite mais aussi par les laboratoires, les centre de radiologie, etc. » C'est dire si la question de la sécurisation du flux de données médicales est à la fois urgente et essentielle. Or, la multiplication des objets connectés à usage médical ne va faire qu'augmenter de façon exponentielle la masse de ces données et l'impérieuse nécessité de les sécuriser. Si la généralisation d'objets connectés se fait au détriment de la sécurité informatique, c'est toute la mutation du système de santé qui risque de s'en trouver paralysée.
Si la généralisation d'objets connectés se fait au détriment de la sécurité informatique, c'est toute la mutation du système de santé qui risque de s'en trouver paralysée.
La récente cyberattaque qui a touché les États-Unis le 21 octobre en est une preuve de plus. L'attaque dite de « déni de service » a touché la plupart des géants d'internet, Amazon, PayPal et Netflix pour ne citer qu'eux. Après enquête, il semblerait qu'elle provienne d'objets connectés non sécurisés dont les pirates ont pris le contrôle sans que leurs propriétaires s'en aperçoivent (caméras, téléviseurs...). L'histoire peut paraître comique (être attaqué par son frigidaire ou son lecteur DVD n'est pas chose banale) mais il est important de prendre la mesure du danger que ce phénomène peut représenter lorsqu'il s'agit d'objets connectés qui touchent et contrôlent notre santé. Car en plus du problème de la divulgation des données personnelles, cette cyberattaque pose également celui de la malveillance, qui peut, à terme, être utilisé à l'encontre d'une population.
 
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Les formidables progrès de la technique s'accompagnent toujours de leur côté obscur. Espérons que cette fois nous saurons déjouer les pièges qu'elle nous tend. La présence grandissante des objets connectés dans notre quotidien nous rappelle l'absolue nécessité du regard médical, non seulement dans le traitement des données collectées mais aussi dans l'encadrement du patient. Les objets connectés médicaux ne sont pas des objets connectés comme les autres. La santé n'est pas un jeu et nos amis Facebook, quelle que soit notre présence et nos partages sur les réseaux, n'auront jamais la possibilité de nous donner de nouvelles vies. À chacun d'entre nous d'en prendre la mesure. 

Texte : Laëtitia COLONNA / Photos : Shutterstock - iStock

Le Dispositif Médical est défini comme étant tout instrument, appareil, équipement, logiciel, matière ou tout autre article, utilisé seul ou en association, ainsi que tout accessoire, y compris le logiciel destiné par le fabricant à être utilisé spécifiquement à des fins de diagnostic et/ou thérapeutique, et nécessaire au bon fonctionnement de celui-ci, destiné par le fabricant à être utilisé chez l'homme à des fins :

  • De diagnostic, de prévention, de contrôle, de traitement ou d'atténuation d'une maladie,
  • De diagnostic, de prévention, de contrôle, de traitement, d'atténuation ou de compensation d'une blessure ou d'un handicap,
  • D'étude, de remplacement ou de modification de l'anatomie ou d'un processus physiologique,
  • De maîtrise, de la conception, et dont l'action principale voulue dans ou sur le corps humain n'est pas obtenue par des moyens pharmacologiques, ou immunologiques ni par métabolisme, mais dont la fonction peut être assistée par de tels moyens.
 
Ainsi un objet connecté mesurant la fréquence cardiaque dans un cadre de loisir est totalement différent d'un objet connecté effectuant cette même mesure chez un patient atteint d'une pathologie cardio-vasculaire : seul le second scénario requiert une classification de Dispositif Médical.
 
Source : Le Guide de la santé connectée