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En France, 239 enfants sont nés grâce à un don d'ovocytes en 2014. Le nombre de donneuses augmente régulièrement mais il reste insuffisant pour répondre à la demande des 2 500 couples qui n'ont plus que cette solution pour avoir un enfant. Mieux communiquer autour de ce don gratuit, anonyme et plus simple qu'il y paraît permettrait à plus de femmes d'y adhérer.
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Le don d'ovocytes : offrir « l'espoir d'un enfant » à des couples infertiles

En France, 239 enfants sont nés grâce à un don d'ovocytes en 2014. Le nombre de donneuses augmente régulièrement mais il reste insuffisant pour répondre à la demande des 2 500 couples qui n'ont plus que cette solution pour avoir un enfant. Mieux communiquer autour de ce don gratuit, anonyme et plus simple qu'il y paraît permettrait à plus de femmes d'y adhérer.
 
L'âge des futures mères recule de plus en plus en France : autour de 29 ans en 2015 contre 24 ans dans les années soixante pour une première grossesse. On observe parallèlement un nombre croissant de cas d'infertilité, quelles qu'en soient les causes, même si l'âge de la femme est un élément déterminant. Actuellement, un couple sur six consulte pour ce genre de difficulté. Ces couples, qui ne parviennent pas à obtenir une grossesse spontanée, doivent alors se tourner vers l'assistance médicale à la procréation (AMP). Un parcours du combattant souvent long, contraignant, physiquement et psychologiquement lourd, avec un fort retentissement personnel, voire professionnel, sur les femmes et leur conjoint. Et tout cela, parfois, pour un résultat nul. Ainsi, certaines femmes n'ont pas, ou plus, d'ovocytes fonctionnels alors qu'elles sont toujours en âge de procréer, voire encore « jeunes » (moins de 40 ans). Leur stock peut être déjà épuisé, parfois en raison de certains traitements médicaux, ou bien leurs ovules sont altérés - empêchant un embryon de se développer correctement et menant à des échecs répétés - ou encore porteurs d'une maladie génétique grave qui pourrait être transmise au bébé. Pour ces patientes, l'AMP « classique » atteint ses limites et le don d'ovocytes (DO) représente leur seule chance de devenir mères.

De trop longs délais d'attente en France

En 2014 en France, 2 500 couples étaient sur liste d'attente pour bénéficier d'un tel don. Problème : on ne comptait que 501 donneuses d'ovocytes pour cette même année. Même si ce chiffre est en augmentation constante (400 en 2010), il demeure insuffisant au regard de la demande. La situation est moins critique pour les couples en attente d'un don de sperme « parce qu'un seul éjaculat peut permettre jusqu'à dix grossesses, tandis qu'une ponction d'ovocytes chez une donneuse ne peut servir, au mieux, qu'à deux receveuses », explique le Pr. Dominique Royère, Directeur Procréation, Embryologie, Génétique humaines (DPEGH) à l'Agence de la biomédecine. Résultat : « des délais d'attente pouvant aller jusqu'à 5 ans », souffle un ancien responsable de centre d'AMP. Un couple peut gagner un peu de temps quand il est « parrainé » par une femme de son entourage d'accord pour faire don de ses ovocytes mais l'attente demeure très longue et s'ajoute bien souvent aux années passées en AMP. Cette situation pousse certaines personnes à se tourner vers d'autres pays, où l'attente est moins longue mais pour un coût de plusieurs milliers d'euros. Une partie peut, sous conditions, être prise en charge par l'assurance maladie et la mutuelle. Des associations comme Les Cigognes de l'espoir ou Maia se sont d'ailleurs créées autour de la volonté d'aider les femmes qui le désirent à tenter leur chance dans certaines de ces cliniques et de leur faciliter les démarches. Il faut toutefois pouvoir se permettre une telle dépense. « On compte environ 1 000 dossiers de demandes de DO à l'étranger chaque année ; cette situation ne va pas dans le sens du principe d'équité en vigueur dans notre pays », déplore le Pr. Royère.
Il faudrait 800 à 900 donneuses supplémentaires
par an
C'est pourquoi « nous souhaitons tout mettre en œuvre afin que la France devienne autosuffisante. » Et pour que la France puisse satisfaire toutes les demandes de DO, « il faudrait 800 à 900 donneuses supplémentaires par an : cela montre l'effort qu'il reste à faire. Mais cet objectif est tout à fait atteignable, notamment grâce à l'ouverture de ce don à des personnes n'ayant pas d'enfant. » En effet, depuis la révision de la loi de bioéthique en 2011, les femmes candidates au don n'ont plus d'obligation d'être déjà mères. « On note déjà un impact positif de cette décision, non seulement au niveau de l'augmentation du nombre de candidates mais aussi parce qu'elle a permis d'abaisser l'âge moyen de ce don. Les femmes sans enfant ont souvent moins de 30 ans, donc une meilleure fertilité liée à leur âge et, de ce fait, des ovocytes de meilleure qualité », explique le Pr. Royère. « On leur propose d'ailleurs, quand on en a recueilli assez pour cela, d'en conserver quelques-uns pour elles-mêmes, au cas où elles seraient ultérieurement confrontées, à leur tour, à une infertilité. »

Une meilleure connaissance pour une plus grande mobilisation

L'Agence de la biomédecine s'est fortement mobilisée en faveur de la communication autour des dons de gamètes (sperme et ovocytes), notamment via le site dondovocytes.fr. De nombreux forums permettent également de transmettre le message et de libérer la parole des femmes sur ces sujets très personnels. « J'ai eu mes deux enfants sans aucun problème mais ma sœur souffre d'une infertilité inexpliquée », explique ainsi Vanessa, 35 ans. « J'en ai parlé à mon médecin traitant pour savoir comment l'aider et c'est elle qui m'a sensibilisée au don et m'a tout expliqué. Le gynéco de ma sœur ne lui en avait jamais parlé ! Je vais la parrainer : j'ai déjà un rendez-vous au CECOS*. » Les femmes médecins se montrent ainsi plus à l'aise que leurs confrères pour aborder ces sujets. « Le don de gamètes, c'est intime », sourit le Dr Christine V., généraliste à Paris et militante pro-don de longue date. « On parle de sexualité, de procréation, de parentalité... L'avantage d'être une femme, c'est que la conversation autour de ces thèmes apparaît plus naturelle, plus fluide. La plupart de mes patientes se montrent très réceptives, dès lors qu'elles sont bien informées. L'une d'elles vient d'ailleurs de donner ses ovocytes : quand elle me l'a dit, je crois que j'en ai été aussi fière qu'elle ! » Certaines femmes s'inquiètent du risque de voir leur propre fertilité souffrir d'un don. « Légende urbaine », tranche Dr Christine. Selon les spécialistes de médecine de la reproduction, le don d'ovocytes n'a aucune conséquence à long terme pour la donneuse. Il ne diminue aucunement ses chances de grossesse ultérieure et n'avance pas l'âge de la ménopause. Néanmoins, à court terme, il peut y avoir quelques effets indésirables essentiellement dus à la stimulation ovarienne : fatigue, pesanteur dans le bas-ventre, quelques saignements occasionnés par la ponction. Rarement, un syndrome d'hyperstimulation des ovaires peut apparaître. « Tout cela n'est pas grand-chose au regard du parcours du combattant que représente l'AMP », estime Anne*, donneuse de 34 ans. « Et nous en retirons une grande satisfaction : celle d'avoir contribué à offrir l'espoir d'un enfant ! »
 
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Encadré : le don d'ovocytes en pratique

Peuvent donner leurs ovocytes les femmes de 18 à 37 ans, avec ou sans enfant, en bonne santé et sans problème de fertilité connu. Le parcours commence par une consultation d'information au Centre d'étude et de conservation des œufs et du sperme (CECOS) départemental ou régional.
Les femmes de 18 à 37 ans peuvent donner leurs ovocytes
La donneuse potentielle a la possibilité de poser toutes ses questions puis doit signer un formulaire de consentement. Si elle est en couple, son conjoint doit lui aussi en signer un. Attention : les CECOS sont fermés en juillet et en août. Le CECOS réalise ensuite un bilan de l'état de santé de la donneuse pour mieux apprécier sa fertilité et éliminer toute contre-indication. Ce bilan comporte des examens cliniques et biologiques, ainsi que l'étude des antécédents familiaux. Il peut aussi comprendre un entretien avec un psychologue. Le don en lui-même nécessite la prise d'un traitement de stimulation ovarienne durant 10 à 12 jours, toujours à la même heure, par injections sous-cutanées pouvant être effectuées par la donneuse elle-même ou par une infirmière. Ces piqûres sont peu douloureuses et la plupart des stylos auto-injecteurs ne nécessitent pas d'être conservés au frais. Durant cette période, 3 à 4 prises de sang et échographies sont réalisées afin de surveiller la réaction ovarienne à la stimulation. Quand les ovocytes sont assez gros, une injection de choriogonadotropine alfa induit l'ovulation 36 heures plus tard. La donneuse est hospitalisée pour la journée et ses ovules sont prélevés par voie vaginale, sous anesthésie locale ou générale légère. Elle n'est pas informée du nombre d'ovocytes recueillis, ni de leur devenir (à l'exception de ceux conservés pour elle-même, le cas échéant). La loi française déclare l'enfant né d'un don d'ovocyte comme étant celui de la femme qui l'a porté.

Texte : Alexandra CAPUANO / Photos : Fondation Yves Rocher - iStock

  • Le site dondovocytes.fr répond à toutes vos questions sur le don d'ovocytes.
  • Le site dondespermatozoides.fr répond à toutes vos questions sur le don de sperme.
  • Le site de la fédération des CECOS vous informe sur les dons de gamètes (ovocytes et sperme), les démarches et l'adresse des centres proches de chez vous.

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